9 octobre 2007

J+18 à 20 / De Djibouti à l'Ethiopie

Il n'était pas prévu que l'étape à Djibouti dure longtemps, le temps d'obtenir notre visa éthiopien et de se renseigner sur les départs de trains pour l'Ethiopie. Et bien tant mieux parce que la vie à Djibouti est très chère, en tout cas par rapport au Yemen et surtout par rapport à notre budget quotidien qui explose littéralement. Il va nous falloir nous faire attention pendant au moins un mois pour rattraper ça. Heureusement, il semblerait que la vie en Ethiopie soit bien meilleur marché. Il n'y a pas grand chose à voir à Djibouti, si ce n'est déambuler dans les rues, aux heures les moins chaudes de préférence, et s'imprégner de l'agitation de la ville, de ses marchés et de ce début d'ambiance africaine.
Un train part cette nuit à 4h pour Dire Dawa qui sera notre première étape avant Addis Abeba la capitale. La ligne Djibouti-Addis Abeba a été construite début 1900 par des ingénieurs français. Elle est toujours en service et quand on voit l'état du train on se demande comment... Il nous faudra au moins 10 heures, qu'ils disent, pour faire un peu plus de 300 km, de la rigolade, maintenant on est rodés !
Nous avons passé une bonne partie de la journée à mettre le blog à jour, à répondre à nos mails et à en écrire pour vous donner des nouvelles. Le blog risque d'être en stand-by jusqu'à ce que nous arrivions à Addis Abeba dans une semaine, dix jours, il semblerait que les cyber cafés ne courent pas l'Ethiopie. Nous espérons que nous aurons beaucoup de commentaires que nous prenons un très grand plaisir à lire. D'ailleurs, maintenant tout le monde peut en laisser, nous avons débloqué l'option qui obligeait à s'inscrire. Alors, lâchez-vous !

J+17 / Djibouti, un port trop loin !

Il est midi, il fait très chaud et nous voilà avec nos deux motards sur le port pour savoir quand part le prochain bateau pour Djibouti. Pourvu que ce ne soit pas dans 10 jours ! Nous avons de la chance, un bateau part ce soir. Il y a un bateau tous les 3 jours et heureusement nous n'aurons pas à passer plusieurs jours ici parce qu'il y a comment dire, absolument rien à faire. Tellement rien que nous nous demandons comment nous coouper jusqu'au soir. La priorité, trouver de l'eau et de l'ombre. Nous traversons la ville qui est balayée par un vent brûlant et poussiéreux et trouvons le seul endroit ombragé et abrité du vent et de la poussière. Une famille a eu la même idée que nous. Nous entamons la discussion et apprenons qu'ils sont djiboutiens et qu'eux aussi attendent le bateau du soir. Nous passerons l'après-midi à discuter avec l'homme que nous avons baptisé papa qui est prof d'anglais. A 18h, arrive enfin la rupture du jeûne, pour eux et pour nous qui n'avons pas pu manger et qui avons peu bu de la journée en raison de leur présence et ils nous invitent à partager leur repas. Il est l'heure pour Stan d'aller à l'immigration, sur le port pour obtenir notre visa de sortie du territoire yéménite. Ça va lui prendre 2 bonnes heures, une parce que le bureau sensé ouvrir à 19h n'ouvrira qu'à 20h et une le temps que les employés décident qu'ils avaient mâché assez de qat et qu'ils serait peut-être temps de s'y mettre. Nous nous retrouvons enfin devant le bateau, une boutre en bois déjà bien chargée à l'avant. Nous apprenons qu'au lieu des 25 passagers habituels nous serons une bonne centaine ! Nous en sommes à nous demander comment autant de personnes peuvent tenir sur cette boutre lorsque les passagers et surtout les passagères arrivent. Il s'agit de commerçantes djiboutiennes qui viennent acheter des marchandises diverses et variées, allant de tissus aux meubles en passant par les antennes satellites, au Yemen pour les revendre à Djibouti. Elles arrivent dans des pick-up et le chargement de la boutre peut commencer. Nous contemplons amusés le spectacle de toute cette agitation. Les pick-up s'enchaînent, nous nous disons que c'est le dernier et que de toute façon la boutre est déjà pleine à craquer mais non, ça continue comme ça jusqu'à une heure du matin ! Avant le départ, enfin, tout le monde est sur le quai. L'immigration appelle les passagers, passeport en main, un à un. Nous avons le privilège d'être les premiers à monter à bord. Il faut dire que même avec nos gros sacs à dos, nous sommes ceux qui voyagent le plus léger... Arrive ensuite un flot d'hommes et de femmes encore chargés d'au moins quatre sacs chacun. Les femmes doivent s'installer en bas et les hommes en haut. Je suis ravie. Le bas se remplie à une vitesse hallucinante et je me demande comment tout le monde va pouvoir s'asseoir, et je ne parle même pas de s'allonger pour dormir. Pourtant c'est bien ce qu'il va falloir qu'on fasse, il est bientôt deux heures du matin et la traversée doit durée entre 12 et 18 heures. Je me décide à rejoindre Stan en haut avec les hommes, je suis une européenne, ils devraient m'accepter. Sur le pont supérieur, il y a beaucoup moins de monde, beaucoup moins de paquets, les hommes sont déjà installés pour dormir et personne ne s'offusque de ma présence. Tant mieux, au moins ici il y a de la place et surtout de l'air. Nous nous installons donc pour la "nuit". Nous serons réveillés deux heures plus tard pour une petite collation, des sandwichs aux haricots rouges, enfin, dans le noir ça y ressemblait. La grasse mat ce sera pour un autre jour, nous sommes réveillés tôt par le soleil qui tape déjà. Des hommes prient sur le pont, au moins eux ils ont trouvé quelque chose pour s'occuper. A ce moment là de la traversée nous pensons débarquer à Djibouti vers 14h, nous admirons le paysage et attendant que le temps passe. Les gens sont installés un peu partout, à l'avant sur les chargements, en bas, en haut, sur les cuves à eau, ils dorment, pour la plupart. Mais ça cogne. Heureusement, les hommes d'équipage intallent de grandes bâches pour nous protéger du soleil. C'est tout ce qu'il nous fallait et ça tombe bien, je me rend compte que j'ai les traces du bronzage islamique, celle du foulard sur le front, très chic !Toujours pas de terre en vue. Nous apprenons que le bateau avance très lentement en raison du nombre de passagers et surtout du chargement et que l'arrivée n'est pas prévue avant 19h. Génial. Vers 15h on apporte à manger pour les rares personnes qui ne suivent pas le ramadan, ça fait du bien. Nous essayons de tuer le temps en jouant aux dés ou en lisant. A 18h c'est la fin du jeûne et ça met un peu d'animation. Nous arriverons finalement au port à 20h et il faudra au moins une heure pour que nous descendions du bateau, les permiers heureusement. Après les formalités administratives, verification du visa et tampon d'arrivée sur le territoire, nous voilà sacs aux dos en route pour la ville. Un petit bus nous déposera devant un hôtel qu'on nous avait conseillé et même si finalement il n'est pas génial, c'est vrai que vu l'heure et notre état de fatigue, nous ne cherchons pas plus loin. Un petit tour en ville pour échanger nos derniers rials yéménites contre des francs djiboutiens, dans la rue avec les djiboutiennes qui décidement gèrent tous les business, et pour manger assis à une table pour changer et nous aurons mérité une vraie nuit de sommeil.

J+16 / En piste pour Moka

8h30, toc toc toc... je me lève, j'ouvre la porte c'est notre motard. Il vient, comme convenu la veille, pour nous prévenir que les deux motos sont prêtes pour nous emmener jusqu'à Moka. Nous prenons rapidement notre petit-déjeuner, une nouvelle fois notre cafetière nous sauve d'un petit-déjeuner à l'eau, car il n'était pas compris dans notre séjour dans ce Club Med de seconde zone. Nos sacs sont sanglés et nous voilà sur nos dromadaires mécaniques, les cheveux dans le vent sur les pistes yéménites, direction Moka, l'un des objectifs principaux de notre venue au Yemen. Deux heures de trajet entre pistes et bitume, dunes de sable et mer turquoise, chameaux et camions Isuzu, et avec une petite pause dans un village où tous les enfants sont venus nous regarder dans le plus grand silence. Nous voyons enfin apparaître quelques signes d'urbanisation, Moka ne doit plus être loin. Quelques minutes plus tard elle se dévoile enfin à nous. Nous la traversons de part en part afin de nous rendre directement au port pour obtenir les renseignements sur le bateau dans lequel nous embarquerons pour Djibouti. Sur notre droite la plus vieille mosquée de la ville dominant un champ de maisons en ruine où quelques-unes toujours debout se disputent les quelques commerces encore ouverts. Cette traversée donne une impression de fin de règne, où les gens sont là pour assister à la mort prochaine de leur cité qu'ils sont incapables de quitter tant la misère et la nostalgie fait d'eux les prisonniers de ce port au passé glorieux.
Nous voilà donc arrivés à Moka, ville morte-vivante depuis que les Ottomans ont quitté le pays et perdu le monopole du café au profit des français et des anglais qui en ont répandu la baie à travers le monde.
Maintenant à chaque fois que nous dégusterons un café Moka, il y aura comme un petit arrière-goût de nostalgie et de vague à l'âme.

J+14 à 15 / Enfin la mer, la plage et les palmiers...

A nouveau sur le bitume avec notre paquetage direction Al-Khokhah, la station balnéaire du Yemen. Minibus, taxi, un petit arrêt à Hays où un vieux qui va au même endroit que nous s'embrouille avec un chauffeur ce qui nous retarde d'une bonne demie-heure et nous oblige à changer de taxi et nous voilà en route plein sud pour la mer. Arrivée à Al-Khokhah, la chaleur est encore montée d'un cran, mais avec en plus une petite odeur d'embruns, nous y sommes presque, plus qu'à rejoindre notre fundunk qui se trouve à 5 km au nord. Nous finissons par trouver un motard-taxi qui nous emmène jusqu'à notre point de chute ; à trois sur la moto, sans casques bien sûrs, plus nos gros sacs à dos autant dire que ce court trajet a été assez rock'n'roll !!! Mais nous y arrivons enfin et en vie. Nous prenons place dans notre chambre climatisée à 200 mètres de la mer. Une petite sieste et nous enfilons nos maillots de bain, direction la plage ; après avoir passé les palmiers la mer se découvre enfin à nous. Mais le sable fin n'est pas au rendez-vous, la plage est courte, le sable dur. Pas grave on est là pour ce baigner. Nous avançons vers l'eau et le premier contact est chaud, très chaud et après avoir marché dans l'eau sur plusieurs dizaines de mètres nous avons enfin de l'eau jusqu'aux genoux !
Le lendemain nous partirons pour une ballade dont le début relève plus du chemin de croix que d'une promenade en amoureux : chaleur, poussière, soif... nous ferons une pause à l'entrée d'un village de huttes, les habitants nous inviteront à nous reposer sur des nattes à l'ombre des arbres, ils nous apporteront de l'eau pour nous désaltérer et nous rafraîchir, une demie-heure de bonheur à écouter le vent dans les branches avant de repartir traîner nos tongs dans la poussière. Le retour se fera en longeant la plage, nous trouverons un port de plage ou les barques prennent la mer la nuit pour allez pêcher au lamparo.
Nous restons dans ce presque paradis pendant deux jours et deux nuits puis partons pour Moka, port mythique. Corto-Maltes y à sans aucun doute posé pied un jour ou l'autre lors de sa vie de marin errant.

J+10 à 13 / En route vers la Mer Rouge

Il est 15h30, nous sommes à Djibouti, 35° et enfin l'électricité revient dans le ville après deux heures de coupure. Nous pouvons enfin nous connecter pour vous donner quelques nouvelles de notre périple qui nous a emmené jusqu'ici. Quand nous vous avions quitté nous étions encore à Sana'a.

Brigitte nous propose une ballade dans la ville avant de nous emmener à la station de taxi collectifs d'où nous pourrons partir pour Djibla. Nous voilà dans un petit marché de quartier, fruits et légumes dans une ruelle bondée, poissons et viandes dans une petite halle fort odorante avec des commerçants qui veulent tous être pris en photo, plus loin le marché à la volaille là l'odeur est encore un peu plus marquée ce qui nous rappelle les vacances à la ferme. Nous remontons dans le 4x4, un petit tour rapide dans une échoppe qui sent bon les épices, nous achetons quelques victuailles et surtout un sachet d'échantillons de café. Quelques minutes plus tard le chauffeur de Brigitte nous dépose à Bab El Yemen où nous prenons le taxi pour Djibla au sud de Sana'a. Nous arrivons à Ibb, une ville à quelques kilomètres de Djibla, deux heures et quelques frayeurs plus tard ; étant donné le style de conduite de notre chauffeur nous y sommes arrivés plus tôt que prévu. Ibb est une ville qui ne donne pas spécialement envie d'y rester, embouteillages, klaxons et pollution sont les souvenirs les plus marquants que nous pourrons en garder. De taxi, en bus et minibus nous arrivons enfin à Djibla, ville de la reine Arwa qui en fît la capitale de son royaume au XIème siècle. Nous visitons ce village de montagne aux pentes escarpées, à noter un cimetière dominant la ville, traversé par un aqueduc construit par la reine ; une mosquée à deux minarets qui renferme le tombeau de la très vénérable reine Arwa morte à l'âge encore plus respectable de 93 ans, sans doute dans l'une des 365 chambres que contenait son palais aujourd'hui en ruine.
Après deux nuits nous prenons la route direction Zebid, troisième ville sainte de l'Islam après Médine et la Mecque. Nous prenons place dans un taxi, attendons qu'il se remplisse et en route vers une ville étape où nous changerons de taxi. Au fur et à mesure que nous approchons de notre objectif qui se situe près de la Mer Rouge, et beaucoup plus près du niveau de la mer que nous n'avons jamais été, la température monte petit à petit, le paysage devient de plus en plus plat et désertique. Vers 17 heures nous arrivons enfin, sortons du taxi, mettons nos sacs à dos et nous dirigeons vers le coeur de la ville. A peine quelques minutes de marche et nous sommes déjà en nage. Nous errons désespérément dans le dédale de cette petite ville en espérant trouver notre hébergement mais personne ne nous comprend. Laetitia échappe à la piqûre de scolopendre. Enfin nous rencontrons quelqu'un qui parle anglais, et nous lui faisons comprendre que nous aimerions dormir dans la Médina, il nous montre un premier lieu, mais les femmes et les hommes ne peuvent pas partager la même pièce ; l'homme nous guide vers une autre demeure qui sera la bonne. Nous dormirons donc chez Hamed, dans une demeure qui n'est absolument pas un hôtel, mais plutôt un fumoir et un lieu où les hommes viennent qater le soir venu avec une superbe vue une des mosquées. La maison est magnifique et est même en photographie dans un livre écrit par un français montrant les constructions notables de la ville qui est classée patrimoine de l'humanité par l'Unesco. Le souk donne une impression de voyage dans le temps, comme un retour quelques siècles en arrière, des ruelles en terre où de petites boutiques s'ouvrent petit à petit après la rupture du jeûne. Nous nous arrêtons dans l'une d'elle pour prendre un thé avant de nous perdre à nouveau dans cette ville aux 86 mosquées, heureusement qu'Hamed nous avait donné l'adresse de sa maison sur un petit bout de papier, car aucune des fois où nous sommes sortis nous n'avons réussit à retrouver notre chemin sans avoir à le demander aux habitants. Je fais pour Hamed mon premier portrait d'homme politique et pas n'importe lequel, Saddam Hussein. Comme tout yémenite qui se respecte il porte cet homme dans son coeur, il a même été combattre dans son armée. Son salon est orné de plusieurs dizaines de portrait du président yemenite et de l'ancien Rais d'Irak. Nous achevons notre séjour à Zebid par une visite de la citadelle construite par les Ottomans pendant leur occupation du pays à partir du XVème siècle. A noter que cette période fût l'âge d'or du café pour le Yemen et notamment pour le port de Moka.