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9 avril 2008

J+163-171/ Un rendez-vous au sommet

Destination Isla de Sol sur le lac Titicaca, 4 000 mètres au dessus de la mer. En quatre heures de bus nous arrivons à Copacabana, nous embarquons ensuite à bord d´un bateau qui nous dépose dans un petit port dans la partie sud. L´île est beaucoup plus montagneuse que ce que nous pensions. Nous suons comme des mulets pour arriver jusqu´au village 200 mètres plus haut. Croyez-moi c´est pas facile avec nos sacs de 15 kilos et l´oxygène raréfié. Heureusement au sommet nous trouvons un hôtel avec une terasse au soleil avec une vue panoramique. Nous nous reposons de notre effort autour d´un bon café. Le lendemain nous avons un rendez-vous supposé avec Ivan et sa copine qui devrait normalement arriver en milieu d´après-midi par le même bateau que nous avons emprunté aujourd´hui. Une bonne nuit de sommeil, un petit déjeuner face au lac puis nous partons nous promener avant de rejoindre le petit port, cela se révèle plus sportif ce que nous pensions mais nous arrivons tout de même à temps au débarcadère. Assis face au lac sous le soleil Quechua, nous mangeons un petit morceau quand enfin nous entendons le ronflement du bateau. J´essaye de voir Ivan sur le pont du bateau, il est là. Séquence émotion. Quelques photos du héros et enfin nous pouvons nous embrasser comme deux amis qui ne sont pas vu depuis longtemps et qui se retrouvent à l´autre bout du monde connu. Ivan et Anne-Cécile sont enchantés de nous revoir jusqu´à ce que nous arrivions à l´escalier inca que nous allons devoir emprunter jusqu´à l´hôtel. Heureusement que l´amitié ne s´arrête pas aux contingences topographiques, et sans rancune il paye sa tournée arrivé à l´hôtel. Je ne sais pas trop ce qui nous est arrivé ce soir de retrouvailles, l´altitude, l´émotion mais à 21 heures nous sommes tous sous nos couvertures. Dès le lendemain, remis de nos émotions, munis de nos sacs à dos, nous partons le cœur alerte direction le nord de l´île pour rejoindre quelques ruines laissées par nos amis précolombiens. Une nouvelle fois la topographie de l´île nous surprend. Nous faisons un détour par une petite crique qui ralonge un peu le parcours mais ça valait le coup et Stan en profite pour se baigner dans les eaux glacées du lac. Nous n´arriverons sur le site qu´aux environs de 16 heures et affamés, victimes d´une dame qui vendait beaucoup trop cher ses victuailles, nous avons préféré jeuner et nous contenter de quelques biscuits que Laetitia avait dans son sac plutôt que d´encourager cette doudou à voler le touriste affamé et peu prévoyant. Nous prenons tout de même un peu de temps pour visiter le site, pour nous asseoir sur un banc face à l´immensité du lac, de la berge 100 mètres en contre bas monte la douce mélodie d´une flûte. L´histoire où la légende raconte que les premiers incas seraient originaires de l´île.
Comme il était à prévoir nous nous perdons sur le chemin de retour, ce qui nous permet d´admirer le coucher de soleil de la crête de l´île et de voir le soleil illuminer la Cordillère Real et ses neiges éternelles. Deux heures après la tombée de la nuit frigorifiés et le ventre criant famine, enfin nous arrivons. Nous trouvons une auberge avec un four à pizza qui chauffe toute la salle principale. Jamais je n´aurais mangé une pizza aussi bonne.
D´Isla del Sol, nous repartons tous ensemble à Copacabana et d´où nous prenons la direction de l´île d´Anapia, une île beaucoup moins touristique qui se trouve du côté péruvien sur le petit lac Titicaca. La frontière franchie nous prenons un taxi qui nous dépose 30 kilomètres plus loin sur un port de plage où trois barques sont échouées. Une dame qui vient d´arriver avec son bateau nous informe que quelqu´un devrait peut-être repartir pour Anapia dans l´après-midi. Assis sur nos sacs nous attendons, espérant que ce que nous a dit la dame soit vrai. Une heure plus tard, un vieux bonhomme arrive et nous demande d´embarquer nos affaires sur sa barque plus à moteur qu´à voile. A bord une femme, deux gamins et le marin d´eau douce. Trois bonnes heures plus tard, nous sommes sur la place du village. Sur l´île il n´y a pas d´hôtel et ce sont les habitants qui hébergent les rares touristes de passage. Nous prenons contact avec Francisco, qui nous trouve deux familles pour nous loger. Nous pensions être ensemble, dommage. Notre famille est un peu étrange, le chef de famille est le directeur de l´école et a nommé son chien Hitler, dit-il parce que le nom est connu de tous... malaise immédiat. Heureusement la famille d´Ivan est beaucoup plus sympathique et nous organisera un pique-nique le lendemain sur une petite île située juste en face et où les gens d´Anapia vont pour cultiver leurs champs et s´occuper de leurs vigognes. C´est un animal proche du Lama mais beaucoup plus élégant et qui possède au niveau du poitrail deux touffes de poils qui sont récoltées tous les deux ans. On en fait la laine la plus recherchée et la plus chère du monde. Anapia est un île très sympathique bien que ses habitants soient un peu étranges. Un soir, en train de boire des coups dans l´arrière cour d´une petite épicerie, assis sur des caisses de bières et discutant avec les gens de l´île... la conversation n´avait de cesse de revenir sur Poutine et Sarkozy. Entre ça et notre famille qui appelle son chien Hitler, sans parler du flic du village qui se met à nous parler de cocaïne et qui s´éclipse cinq minutes et revient plus en forme que jamais, nous nous interrogeons sur la santé mentale de ce peuple insulaire. De plus les îles d´agriculteurs à tendance narco-fasciste c´est sympa, mais bon deux jours de ce régime totalitaire sont bien suffisants. Nous reprenons la barque et trois heures plus tard nous sommes sur le continent direction Puno, grosse ville sur la côte ouest du lac. Le soir nous sommes au restaurant pour fêter le départ d´Ivan et d´Anne-Cécile le lendemain. Nou
s choisissons pour l´événement un bar chic, cher et touristique. Nous y entrons à six heures et en ressortons cinq heures plus tard, repus et enivrés par l´alcool et l´altitude. En dehors de nous il n´y aura eu qu´un autre client dans le restaurant qui a eu le courage de commander un cuy, le plat national. C´est un cochon d´Inde, met très prisé des andins et qui est servi entier, donc avec la tête.
Le lendemain nous faisons nos adieux, mais pour Ivan ce n´est qu´un au revoir, nous avons prévu de nous retrouver dans une quinzaine de jours à Iquitos.

Nous décidons
de rester encore deux jours à Puno. Nous glanons quelques infos sur des coopératives de café, mais nous ne trouvons pas d´endroit à visiter de façon aisée dans la région ; nous récupérons tout de même quelques adresses, notamment à La Merced qui est un haut lieu du café péruvien. Faute de pouvoir assouvir notre soif de café, nous faisons du tourisme. Nous nous rendons sur les îles flottantes qui se trouvent aux larges de Puno. Ce sont des îles confectionnées avec plusieurs couches de roseaux complétées au fur et à mesure. Elles sont arrimées pour éviter que le vent ne les déplacent et peuvent faire deux mètres d´épaisseur. En dehors de la beauté des lieux, nous serons extrêmement déçus par l´organisation du tour. Nous arrivons en premier lieu sur une île où nous attend un jeune homme qui nous explique comment sont fabriquées les îles, parfait pour le côté technique, mais pour le côté historique rien. Puis nous nous rendons en barque sur une autre île où ne nous attendent que de petites boutiques de souvenirs construites à la mode de chez eux, paille et jonc. Nous sommes bloqués sur cette petite île, alors que nous voyons qu´il y en beaucoup d´autres à voir. Le capitaine consentira à nous faire faire un tour rapide en bateau avant de regagner Puno. Le lendemain nous continuons nos pérégrinations touristiques en nous rendant à Silustani, lieu ou les Aymaras puis les Incas construisirent des tours funéraires appelées Chullpas ; ces tours étaient réservées aux nobles, les plus hautes pouvant atteindre 12 mètres de haut. Sur le retour un couple d´américains d´Alaska avec chauffeur, nous prend en stop, la pluie menaçant nous sommes bien contents. Nous nous arrêterons pour visiter une ferme formée d´un petit mur d´enceinte où s´accrochent de petites maisons possédant chacune une fonction, cuisine, chambre, buanderie, clapier... nous aurons droit à une dégustation : fromage frais sur lit d´herbes, patate et quinoa. De retour à Puno, nous aurons le privilège de voir la ville sous un déluge d´eau... c´est le signe que nous devons prendre la route dès le lendemain direction Cusco.

27 mars 2008

J+159-162 / Pas vraiment la paix à La Paz

De retour à la Paz après 4 heures de route dans le brouillard andin. Nous nous installons dans la cité pour quelques jours avant de rejoindre Isla del Sol sur le lac Titicaca où nous devrons retrouver notre pote Ivan. La Paz est à 3 600 mètres d´altitude, il fait froid et humide et après Coroico il nous faut un petit temps pour nous réacclimater. Nous profitons de ces journées pour visiter quelques musées, dont un magnifique sur l´art précolombien où nous admirons de superbes coiffes de plumes, des céramiques plusieurs fois centenaires, des tissus portés il y a de cela plusieurs générations ; le tout abrité dans un musée à l´architecture coloniale. Nos déambulations nous mènent dans différents endroits, marchés aux légumes, aux tissus et même le plus incroyable un marché aux sorcières, on l´on peut trouver de tout, amulettes porte bonheur, différentes herbes médicinales, dont la coca mais aussi des fœtus de lamas, des couteaux rituels et autres biblos plus ou moins catholiques. Nous passons par la gare centrale abandonnée depuis bien longtemps, puis redescendons dans le centre où se trouve un immense parc encore en travaux qui domine toute la ville, d´où on peut admirer le pont des Amériques qui rejoint les deux versants de La Paz. Nous repassons ensuite dans le quartier des affaires, d´où nous remontons tranquillement vers la place San-Francisco. La nuit tombe, les lumières de la ville s´allument. Nous trouvons un cinéma, ca fait si longtemps que nous nous ne sommes pas installés dans une salle obscure dans des fauteuils moelleux. Malgré le film à l´affiche dont je tairais le nom, nous prenons deux places qui à elles deux représentent un tiers de notre budget journalier, nous serons dix dans une salle qui peut en contenir facilement 400. Nous sortons naturellement déçus du film, mais heureux d´avoir squatté une salle de cinéma pendant deux heures. Nous nous demandons comment les boliviens peuvent s´offrir ce plaisir à 25 bolivianos la place vu leur salaire moyen qui avoisine les 400 bolivianos (moins de 40 euros). Nous voyons beaucoup de gens mendier où subsister grâce à de petits boulots (cireurs de chaussures, vendeurs de journaux où de babioles …) et surtout des personnes âgées qui n´ont visiblement pas de quoi subvenir à leur besoins après une vie entière de labeur. Encore une journée à errer dans la ville, passage Plaça des Armas où nous sentons une présence policière qui trahit le climat de tension dans lequel se trouve la Bolivie actuellement. Evo Morales premier président d´origine indienne et socialiste de surcroit, un peu avant les fêtes de fin d´années a fait passer de force, selon certain, une nouvelle constitution. Cela a provoqué une vague de mécontentements immédiate. Grèves, mouvements indépendantistes de la part de certaines régions. Dans la ville de Cochabamba il y a eu trois policiers lynchés, énormément de blessés chez les manifestants. Il y a eu une accalmie avec les fêtes, mais petits à petits les mouvements de protestations reprennent, il est temps pour nous de prendre la direction du Pérou, où la vie politique a l´air moins agitée.

J+153-158 / Coroico et pas cocorico

Arrivée sur La Paz après plusieurs heures de bus sur l´Altiplano Andin. La cité se découvre à nous telle une dame mystérieuse, le soleil perçant doucement son voile de nuages, laissant entrevoir ses charmes urbains dans cette lumière matinale. Nous abordons la capitale bolivienne par le haut nous y descendons petit à petit, perçant la couche nuageuse pour arriver dans ses voiles de pollutions urbaines, de la tranquillité de l´Altiplano, nous arrivons dans la fureur de La Paz. Le temps de descendre du bus, de prendre un taxi et nous sommes sur un autre versant de la ville pour prendre un mini-bus direction Coroico 3000 mètres plus bas. Nous descidons d´aller directement à Coroico et de nous arrêter à la Paz au retour. A notre grand soulagement nous n´aurons pas à passer par la route de la mort, mais par une nouvelle voie ouverte l´année dernière. Plus de 10 ans de travaux, quelques centaines de morts, c´est le prix payé pour éviter que l´hécatombe continue sur ce qui fût pendant longtemps la route la plus dangereuse du monde. Nous passerons par un col enneigé à plus de 5000 mètres où nous voyons nos premiers lamas, avant de redescendre vers Coroico, village paisible à l´entrée des Yungas, où nous espérons trouver du café. Nous arrivons en début d´après-midi en bas de la ville, la chaleur est beaucoup plus élevée et le soleil bien présent. Nous peinons jusqu´au centre du village à la recherche de notre auberge ; après nous être renseignés nous nous dirigeons vers la sortie du village et marchons encore 2 km et trouvons notre charmante petite auberge adossée à la montagne avec une vue unique sur toute la vallée, une piscine et même quelques caféiers disséminé dans le jardin. Rien d´étonnant pour un hôtel qui se nomme "Cafetal" - plantation de café - Plus de doute possible nous sommes sur la bonne voie. Nos affaires posées, nous partons faire une petite reconnaissance au village et nous trouvons sur la place centrale, carrée comme toutes les places centrales de Bolivie, le bureau de la coopérative de café de la région. Immédiatement nous nous y rendons, mais un peu tard, nous devrons repasser le lendemain. Le village n´est pas aussi beau que ce que nous imaginions, essentiellement construit en grosses briques rouges sans charme et sans comparaison possible avec les jolies maisons de briques que nous avions découvert à Madagascar, heureusement sa situation dominant la vallée est sublime. Nous nous délectons de ce paysage dès le matin en prenant notre café face à la montagne, laissant notre esprit se perdre, suivant du regard les nuages léchant tranquillement les pentes abruptes de la montagne. Nous profitons de ces quelques jours pour nous reposer, nous promener en découvrant ici et là des petites fermes aux plantations de café ne faisant pas plus de quelques hectares pour les plus grandes ; mais aussi beaucoup de plantations de coca plantées sur des terrasses conçues par les incas. Le lendemain nous retournons à la coopérative et nous faisons connaissance avec Juan, producteur et chargé de communication pour la coopérative qui participe au commerce équitable depuis 1994 et qui compte 350 cultivateurs. En effet la politique économique de ce commerce parallèle est de garantir un prix fixe toute l´année, plus un bonus d´environ 10%. Cette politique de commerce équitable vise à soutenir les petits producteurs face aux multinationales, à les former et les informer, à favoriser la culture dite organique - traitement chimique réduit au minimum - , mais cela permet aussi de créer, je pense, des cafés de terroir, comme cela existe pour le vin, donc de meilleure qualité. Le café fit son apparition en Bolivie dans les années 50 dans la région de Coroico, puis plus à l´est dans les Yungas où elle prit un essor plus important. Mais la production de la Bolivie reste confidentielle par rapport au Brésil le géant du café. Le brésil a une production annuelle de 30 millions de sacs, tandis que la Bolivie arrive les bonnes années à 80 000 sacs, un sac pèse 60 kilos. Nous apprendrons bien d´autres informations mais qui risquent d´être un peu rébarbatives et un peu longues à écrire. Nous sortons de cet entretien ravis, et pour fêter ça nous allons déguster un petit expresso. Sur le chemin du retour nous rencontrons un menuisier qui fabrique des machines dépulper les baies fraîchement cueillies. Ce type de machine est propre à la Bolivie et ne se trouvent qu´ici et notre homme tient la technique de l´inventeur lui-même : Monsieur Pinel dans le petit village de Suapi dépendant de la commune de Coroico. Notre séjour à Coroico s´achève par le concert de Los Olvidados, un groupe d´une trentaine de musiciens que nous a présenté Lydie, une dame incroyable qui va s´installer prochainement en Bolivie. Ce groupe essentiellement de guitares avec un esprit de fête qui fait plaisir dans ce pays où nous trouvons les gens plutôt froid. Nous finissons cette fiesta dans la salle des fêtes après qu´une pluie diluvienne nous ait obligés à nous y replier...il est 6 heures du matin, la bonne heure pour ramener mon corps titubant auprès de ma brune de corse, rentrée un peu plus tôt. Le lendemain nous quittons notre auberge sympathique et ses propriétaires un peu déjantés - des français installés en Bolivie depuis 25 ans - pour La Paz.

J+145-152 / Comandante Che Guevara

C´est l´heure de quitter le Brésil, ce géant d´Amérique du sud, direction la Bolivie. Objectif, Camiri, ville supposée d´où le "Che" aurait commencé sa révolution socialiste bolivienne en 1966, après que Fidel Castro ait acheté un terrain dans la région pour servir de base arrière. Mais avant d´arriver à Camiri nous devons traverser tout le Paraguay et nous prévoyons une étape dans sa capitale. Nous prenons un bus de Foz do Iguaçu à Asuncion et à l´arrivée nous nous informons des bus pour le lendemain. Nous apprenons qu´il y en a un dans une demi-heure et décidons de le prendre, visiblement il n´y a pas grand chose à voir à Asuncion et l´objectif c´est la Bolivie. Aussitôt nous achetons nos billets et nous embarquons, arrivée prévue le lendemain vers midi. Sur les coups de 2 heures du matin nous sommes réveillés pour nous rendre au poste frontière paraguayen. Encore endormis nous longeons un grillage avant d´arriver à une maisonnette délabrée où pour y accéder nous devons passer sur des pierres afin d´éviter de marcher dans la boue. Un vieux chien galeux à qui il manque une patte dort sur le pas de la porte, deux poules plus très fraîches font le guet sur ce qui, un temps, ont dû être des chaises. Nous attendons notre tour sous une lumière blafarde pour faire tamponner nos passeports dans une pièce où un lit jouxte le bureau. Après être passés devant des douaniers endormis nous regagnons le bus et nous rendormons. A l´aube nous sommes à nouveau réveillés pour passer la frontière bolivienne, que s´est il passé pendant ces 4 heures...avons nous longé un no man´s land, nous resterons dans l´ignorance. Pas la peine de se poser tant de question après avoir changé nos derniers guaranis en bolivianos nous présentons nos passeports et nous nous rendons à pied de l´autre côté de la frontière. Tous n´auront pas cette chance ; deux argentins resterons à la frontière, les douaniers estimant que leur apparence de saltimbanques et leur manque d´argent en font des visiteurs indésirables, par contre les trois Mormons en salopette avec leurs gueules de tarés congénitaux passent sans aucun problème. Devant nous la Cordillère des Andes se découvre pendant que l´asphalte disparaît. Quelques kilomètres de pistes plus loin notre bus est contraint de faire demi tour face à l´arrivée d´un semi-remorque, ce ne sera pas facile et quelques arbustes seront abattus afin de permettre la manoeuvre et de laisser passer le camion avant de reprendre notre route. Le bus continu sur Santa-Cruz et nous laisse à l´entrée de la ville de Camiri. Soleil, poussière et gaz d´échappements ; avant de repartir le chauffeur du bus nous laisse notre plateau repas. Nous nous asseyons sur un muret et le mangeons au milieu de chiens galeux à l´affût de quelques restes possibles. Une heure plus tard nous sommes en ville à la recherche d´un hôtel, le premier sera beaucoup trop cher, nous nous rabattons sur un autre juste à côté. A peine rentrés dans la cour je reconnais immédiatement le portrait du "Che" peint au dessus de l´une des chambres-cellules. Nous logerons dans la chambre voisine de cet idéaliste qui en 1966 est venu dans la région dans l´espoir d´une révolution socialiste avec l´aide du parti communiste local. Cette aventure se terminera au cours de l´année 67 par sa capture par l´armée bolivienne et par son exécution par des hommes, travaillant sans doute en collaboration avec la CIA, dans le petit village de La Higuera. Le Che n´aura pas reçu le soutient souhaité des paysans boliviens, ni du parti communiste local. Nous passerons quelques jours dans cette petite ville où la seule chose notable en dehors du passage du "Che" est le centre de production d´hydrocarbure "YPFB" qui est ensuite acheminé dans le reste de la Bolivie via un oléoduc. Nous aurons le temps de faire quelques recherches sur internet pour trouver la région où est cultivé le café. Los Yungas à l´est de la Paz dans le nord de la Bolivie, un seul chemin pour y accéder : La Route de la Mort.
En fin d´après-midi nous prenons un bus pour Sucre, de l´autre côté de la Cordillère Orientale, peu de kilomètres mais une arrivée prévue le lendemain matin. Nous comprenons rapidement pourquoi, au bout de quelques kilomètres de bitume nous empruntons une piste où deux véhicules peuvent difficilement se croiser. Quelques kilomètres plus loin dans une gorge abrupte, nous nous retrouvons nez à nez avec deux camions qui obligent notre chauffeur à procéder à une marche arrière sur 300 mètres, pas d´erreur possible sinon notre bus finirait dans le lit de la rivière 20 mètres plus bas. Heureusement, dans ces cas là, tous les passagers descendent du bus. A l´aube nous sommes à Sucre. Le taxi nous dépose aux abords de la place centrale. Direction le marché où se trouve toujours une "Comida Popular", seul endroit ouvert à cette heure où des dizaines de petits stands permettent de se restaurer pour un prix modique ; un café bien chaud, un salgado - petit chausson fourré à la viande et aux petits légumes, légèrement sucré - et nous partons à la recherche d´un hôtel avant d´aller explorer cette ville où Simon Bolivar signa l´indépendance de la Bolivie le 6 août 1825. Une ville de 200 000 habitants à 2800 mètres d´altitude, des dizaines d´églises d´influence hispanique, façades chargées de détails et de bas-relief. Lors de nos errances touristique, nous repassons par le mercado où nous achetons un petit café pour les fois où nous nous servons de notre petite cafetière italienne, mais surprise ils vendent le café déjà sucré et il est très difficile de s´en procurer du nature !
Pas de temps à perdre, nous avons rendez-vous avec Ivan dans un peu plus d´une semaine au Lac Titicaca et nous devons passer par Les Yungas, alors dès le lendemain nous prenons un bus pour Potosi. En quelques heures nous y sommes. Malgré ses abords lugubres, le centre ville est un petit joyaux d´architecture coloniale. Potosi, la ville la plus haute du monde (3100 m d´altitude) se situe au pied d´une montagne qui fût l´origine de sa richesse : Le Cerro-Rico - La Montagne Riche -, pendant plusieurs siècles les espagnols ont pu extraire des quantité incroyables d´argent, pour la gloire du bon roi d´Espagne. Plus de trois millions de personnes seraient mortes dans ces mines. La première moitié des victimes sont des indiens jusqu´au moment où l´église reconnaisse que ces sauvages auraient une âme, heureusement que les africains en étaient dépourvus et ont pu ainsi prendre le relais dans ce génocide à la gloire de ce bon roi d´Espagne. A partir du milieu du XIXeme siècle les mines se sont taries. Aujourd´hui seul l´étain est encore extrait dans des conditions toujours très dures pour les mineurs.
Après avoir admiré les façades d´églises, visité un monastère, un musée où nous avons pu admirer les magnifiques masques du carnaval d´Oururo, erré dans les rues, voilà l´heure de reprendre la route. Le lendemain matin, direction La Paz à travers l´Altiplano grande plaine qui sépare les deux cordillères andines.