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14 février 2008

J+117-123 / Le Roi et les touristes

Toujours en compagnie de Carmen et Roger, retour à Antsirabe après 24 heures de minibus et un finish de nuit sous forme de course de pousse-pousse jusque chez Billy. Nous retrouvons nos petites habitudes, la grisaille du ciel et la quiétude de cette ancienne cité coloniale fondée par des missionnaires norvégiens. Cette fois nous décidons de profiter de la ville et de ses charmes un peu surannés. Le lendemain de notre retour Billy nous propose une promenade dans le village de sa famille et de nous rendre au tombeau d´un de ses ancêtres, l´ancien roi du village au début du siècle. Les filles partent faire quelques courses au marché et nous prenons la route. Billy gare le 4x4 plus tôt que prévu car une partie du chemin s´est écroulée à cause des pluies. Nous sommes au pied de la montagne, nous devons encore trouver le sage du village qui nous guidera jusqu´au tombeau ; nous espérons le rencontrer sinon nous ne pourrons pas nous rendre au tombeau, seul le sage est habilité à autoriser des étrangers et qui que ce soit d´autres à s´y rendre. La culture malgache est pleine de coutumes, de traditions et d´interdits : les fadhis. Une demi-heure de marche plus tard nous découvrons le village, nous y achetons du rhum et trouvons la maison du sage. Il n´est pas là mais nous rejoindra en route. Quelques minutes plus tard à la sortie du village un vieux bonhomme tout sec et très alerte nous rejoint, le sage. Entre temps Billy nous a expliqué le rôle qu´il joue dans le village. Par sa science des étoiles il choisit les dates importantes qui ponctuent la vie de la communauté, comme la date précise du retournement des morts (1), qui est un moment très important dans la vie sociale malgache. C´est lui qui officie pour les prières sur le tombeau des ancêtres, c´est pour cette raison que nous avons acheté du rhum car cette divine boisson est un élément majeur de la prière que donnera le sage sur le tombeau. La collation de rhum pour les ancêtres est important et ne pas l´offrir serait comme cracher sur sa tombe ! En chemin le sage nous montre les vestiges du château royal, surtout n´imaginez pas un donjon avec des remparts, pont-levis ou tout autres attributs des bâtisses que nous pouvons trouver en Europe. De celui qui nous est donné de voir il ne reste qu´une douve, un muret de terre et une entrée de souterrain. Chaque village possède un roi, qui partage avec le sage et le prêtre l´autorité sur l´ensemble de la communauté. Aujourd´hui avec les agglomérations de plus en plus grandes, ces autorités ancestrales deviennent de plus en plus rares.
Le chemin devient de plus en plus pentu, mais le ciel bleu et les paroles du sage nous aident à gravir sans problème le versant de cette montagne sacré. Enfin nous arrivons au sommet, le sage prend la bouteille de rhum que lui tend Billy et se rend sur le vaste tombeau du dernier roi de la région qui régnât sur le village jusqu´au début du siècle dernier. Il asperge copieusement les quatre coins puis la tête du tombeau, les ancêtres avaient sacrément soif. Quand vient notre tour la moitié de la bouteille de rhum y est passée. Les nuages commencent à s´amonceler et précipitent notre retour, juste le temps de finir ce que les ancêtres avaient commencé et de profiter de cette lumière magique qu´offre le soleil quand l´orage arrive. A peine nous fermons la portière du 4x4 que la pluie commence à tomber.
Retour à l´hôtel nous nous préparons à passer une dernière soirée avec nos amis suisses qui prennent la route demain pour le sud. Au programme une bonne bouffe, de la THB, du rhum arrangé et un poker avec les billets de pacotilles que nous avons gardé d´Ethiopie et de Madagascar. Ce sera la banque suisse qui gagnera. Deux jours plus tard c'est notre tour de quitter la ville thermale sans avoir pu jouer au casino. Nos sacs sont prêts et nous attendons un peu et discutons avec Billy et son père qui est là pour déjeuner chez son fiston. Son père comme tous les mois doit aller faire la queue avec une centaine d´autres personnes au Trésor Public pour recevoir sa maigre retraite d´instituteur – 70 euros soit 160 000 ariary, et il faut 10 000 ariary par jour pour survivre à Madagascar – le paiement se fait en liquide car la plupart des malgaches ne possèdent pas de compte bancaire, trop pauvres pour les banques - d´ailleurs elles ne se privent pas pour exploiter leur misère, le taux d´emprunt le plus intéressant est le micro crédit qui tourne autour de 20% d´intérêt, les autres taux d´emprunt pour des crédits "normaux" sont de l´ordre de 30%, sans commentaire – heureusement que Billy et Caroline sont là pour les aider financièrement lui et sa femme à vivre et non pas à survivre. Le repas finit le père de Billy retourne faire le queue devant le Trésor Public, quand à nous, nous faisons nos adieux avec la promesse de se revoir un de ces quatre et nous embarquons sur les pousse-pousses toujours à l´affût du client.
Quatre heures plus tard, après avoir profité une dernière fois des paysages et de la pluie malgache nous arrivons à la capitale. A la gare nous attrapons un taxi 2CV qui nous dépose au Jean Laborde, notre hôtel. Nous y ferons connaissance avec un des revendeurs de pierres précieuses qui viennent souvent dans cet hôtel pour écouler leurs marchandises auprès des lapidaires de Tana. Nous passons saluer l´un des oncles de Dinh avec qui nous discutons politique sur un bout de trottoir, et nous comprenons que la tension et les rancoeurs montent dans le pays. Le lendemain nous déjeunons avec le Général et sa femme qui nous déposeront à l´aéroport. Une heure plus tard, l´avion décolle direction Johannesburg et nous voyons Madagascar s´effacer sous les nuages.

(1) Quand le sage en donne le signal, le clan familial décide de commencer la cérémonie dite du retournement des morts. Exhumé deux ou trois ans après le décès, le défunt momifié est d'abord porté en procession avec un cortège de musiciens. Puis les ossements, après une toilette rituelle, sont enveloppés dans des linceuls blancs. La fête marque le retour définitif des ancêtres parmi leurs descendants dont ils deviendront les protecteurs. (Source Wikipedia) - Cette céromonie a lieu tous les cinq à sept ans.

J+112-116 / Belo les pieds dans l´eau

Belo-sur-Mer, ça sonne à l´oreille comme une chanson de Laurent Voulzy...nous y sommes, isolés du monde avec seulement un où deux bateaux qui viennent chaque jour si la mer et le ciel le permettent. Il y a encore quelques années une forêt dense bordait ce village sablonneux, de ces arbres, les nates en particuliers, les gens pouvaient trouver le bois qui sert à la construction de ces goélettes qui bordent la hanse de ce paisible endroit totalement retiré du monde en cette saison. Il y a plus de 20 chantiers navals alors qu´en Bretagne, pays d´origine de ce genre de caboteur, on en compte à peine une dizaine dans tout le Finistère. En nous promenant le long de ces chantiers nous remarquons immédiatement un bateau en bois jeune, mais aussi un autre immense et totalement éventré. Ce dernier est « fadhi » -tabou- car l´ancien propriétaire, un commorien est mort dans des circonstances qui n´ont jamais été élucidées et depuis tout ce qui se rapporte à cet homme est couvert par l´interdit. Les autres bateaux se construisent « mora mora », on le voit à la différence de couleur des bois de construction. Nous rencontrerons le commanditaire du bateau en bois jeune, et sans grande surprise nous faisons connaissance avec un vazaha, il nous apprend que la construction d´un tel bateau prend plus d´une année et coûte dans les 70 000 euros. Donc pour les malgaches c´est pas facile, et ils achètent le bois quand ils peuvent, le prix a presque triplé ces trois dernières années. Le président a vendu de nombreuses parcelles et leurs droits d´exploitation à des chinois, encore une histoire qui va arranger les affaires du pays. Le vazaha -un réalisateur- construit ce bateau et film toute sa construction. Le film commencera sans doute par la recherche des plans en Bretagne pays d´origine des frères Joaquim qui ce sont installés à Belo au 19ème siècle trouvant un bon accueil et les arbres dont ils avaient besoin pour la construction de leur boutre ; et se finira par sa mise à l´eau qui nécessite plus de 300 personnes, le double en litres de rhum et le sacrifice d´un zébu noir avec une tâche blanche sur le front. La date sera fixée par le sage du village.
Ce n´est pas la seule chose que l´on trouve dans ce village, il y a aussi une saline plus au nord, exploitée par une famille d´indiens. Nous partons à la fraîche avec quelques victuailles. Il est à peine 9 heures et déjà le soleil cogne comme un homme qui aurait pris perpet à Cayenne, et nous ne sommes pas encore arrivés à la saline. Nous traversons un paysage à la végétation basse et sèche et des zones entre marécage et mangrove qui sont régulièrement envahies par la marée. Les tongs collent à la vase, les t-shirts à la peau et enfin nous abordons les salines, maintenant ce sont les yeux qui en prennent jusqu´au fond du globe... Nous marchons deux bonnes heures dans une ambiance digne d´un bon film de série B, genre « la sueur du dernier gringo de Los Salinos ». Heureusement, nous finissons par arriver dans une forêt de baobabs bouteilles, rien de tel pour étancher la soif. Malheur à nous le Gringo s´est sifflé la dernière goutte avant de disparaître dans le lointain sur sa vieille mule. Bref nous voilà sans eau. Heureusement, pendant que nous attendons le char à zébus qui nous ramènera au village, nous rencontrons une vieille dame qui s´est installée à l´ombre pour vendre du thé. Elle nous explique qu´elle a un petit restaurant à Belo et elle nous propose de venir y déguster du crabe de mangrove le lendemain. Ce que nous ferons et ce sera un cauchemar. On y mangera un très bon crabe certes, assaisonné d´une petite centaine de mouches tout cela juste à côté de la porcherie de la maison avec du lisier en train de fermenter sous le soleil. Le bonheur.
La grand-mère du gamin reviendra pour que l´on change le pansement, cela va déjà mieux même si la blessure reste profonde, la main enflée et que le gamin semble avoir de la fièvre. Nous pensons qu´il lui faudrait des médicaments et décidons de nous rendre au centre de soin de Belo que nous avons vu la veille pour nous renseigner si il y a un médecin. Positif, mais en ce moment il est du côté de Morondava. Une sage femme nous renseigne et nous dit de revenir avec le gamin. Accompagnés de la mère, du père et de la grand-mère, nous y retournons et tout en discutant nous apprenons qu´elle a préféré ne pas venir car l´hôpital c´est grigri et que les vazahas c´est du gâteau. Sans commentaire, nous payons pour les médicaments, pour les pansements c´est gratuit. Elysé, le père nous remercie et avant de le quitter, nous convenons du départ en pirogue pour le lendemain. Ce sera 5h à la marée montante.
Le soir nous nous installons pour un apéro sur le bord de notre petite cahute et regardons le couché de soleil et moi je pense « il n´y aura donc rien de particulier pour mon anniversaire, grrr grrrr ». Pendant le repas je me fais la même réflexion, et Laetitia qui me demande « Ca va ? T´as l´air tout bizarre. » « Non, non, ça va ». A la fin du repas, Laetitia avec la complicité de Dorothé, apporte un magnifique gâteau de crêpes avec des bougies que Carmen avait dans son sac par je ne sais quel miracle. Par contre Roger « Pourquoi t´as pas sorti ton whisky ? T´avais tout bu ou bien? » Me voilà de meilleure humeur. « Dorothé, une tournée de THB ».
Le lendemain matin, comme convenu, nous sommes debout mais les piroguiers nous annoncent qu´ils ne veulent pas partir. Trop de houle. Effectivement derrière la lagune nous entendons le grondement de l´océan. Rendez-vous demain même heure. Nous nous recouchons et allons déjeuner dans un petit restaurant fort sympathique où nous avons discuter avec le vazaha qui construit son bateau, le taulier qui monte un projet dans la brique et qui possède une langue bien pendue, surtout quand il s´agit de parler du président et de son omnipotence. « Incroyable ce président est pire que Berlusconi, il possède quasi toutes les sociétés agroalimentaires du pays – eau, lait, céréales – un B747 pour ses déplacements -qu´il a appelé Air Force One !- , bref il est devenu président et il a préféré se servir lui-même plutôt que d´aider le peuple qui l´a porté au pouvoir, je l´accorde il a fait quelques améliorations, mais tout de même...». La parenthèse politique close nous partons rejoindre la plage derrière la lagune et passons l´après-midi à barboter.
Le lendemain nous sommes de nouveau devant chez Dorothé avec nos sacs, mais pas de piroguiers. Elysé arrive avec trois quart d´heure de retard. Entre temps sa femme est revenue récupérer la voile et les paguais. Et il n´y a qu´une pirogue et deux autres malgaches veulent partir avec nous. Je fais comprendre à Elysé que 8 personnes plus les bagages dans une petite pirogue ça ne va pas être possible. Pas de problème il trouve une autre pirogue et vient nous chercher à la gargote ou nous prenons notre café pour embarquer. Je remarque qu´il saigne à la jambe et au bras. Pansements -après le fils, au tour du père- et au bout de quelques minutes je comprends que c´est sa femme qui lui a fait part de son mécontentement ! D´ailleurs il ne partira pas avec nous. La traversée prendra plus de 12 heures faute de vent, notre pirogue se fera dispenser de plus










d´une heure par celle des filles qui avait contrairement à nous un équipage de rameurs. Nous verrons sans doute l´un des plus beaux couchés de soleil de notre vie. Nous arrivons à la nuit, le vent se lève enfin, mais la houle l´accompagne et nous sommes bien secoués sur la fin. A notre arrivée les filles ne sont pas de la meilleure humeur, car la malgache qui voyageait avec elle a été malade tout le long et voyageait avec des paniers de crabes dont l´un devait posséder quelques spécimens entrain de pourrir...Direction chez Jean le Rasta pour oublier ces vilaines petites choses de la vie marine autour d´une bonne entrecôte de zébu, une thb, un pet de paille et un bon rhum-qat.

4 février 2008

J+108-111 / Partira ? Partira pas ?

Morondava est une ville far-west noyée par les eaux en saison des pluies et nous sommes en plein dedans. Les rues sont pleines d´eau mais malheureusement ça n´à rien à voir avec Venise. Bref, rien ne nous donne envie de rester ici. Avec nos amis Suisses, nous décidons de nous rendre à Belo sur Mer, un charmant village de pêcheurs à 80 km plus au sud. Le seul hic, c´est qu´en saison des pluies l´unique route n´est pas praticable, il nous faudra nous y rendre par la mer. Plusieurs solutions flottantes s´offrent à nous, le boutre à voile, la pirogue à voile ou à moteur ou la vedette d´un hôtel. La dernière possibilité étant hors budget nous nous rabattons sur une des trois premières. C´est Stan qui a géré tout ça à la perfection. Nous apprenons que ce ne sera pas si facile de s´y rendre, surtout en cette saison. L´océan peut être démonté comme ça a été le cas récemment, pendant quinze jours, aucune pirogue n´a pu sortir. Sur le port il s´est renseigné et a fini par entrer en contact avec le capitaine d´un boutre en partance le lendemain et a négocié le prix pour la traversée, il aura fallut la journée complète pour border le truc. Nous devons nous trouver tous les quatre à 5h30 le lendemain sur le port pour le départ. Entre deux rendez-vous nous avons tout de même le temps de patauger en ville et de nous balader sur la plage. Le lendemain nous voilà sur le quai aux aurores pour embarquer et nous apprenons que le boutre ne partira pas, les matelots nous informent que le capitaine a changé d´avis ! Nous râlons un peu mais plus pour la forme – ça ne servirait à rien de s´énerver, les malgaches ne comprendraient pas, ce sentiment leur est inconnu. De toute façon, vu le temps que cela prend pour organiser un départ – « mora mora » - c´est mort pour aujourd´hui, d´autant qu´il faut au moins 6 heures pour y aller si le vent est favorable et qu´il faut prendre en compte la marée. Nous décidons d´aller prendre un bon petit déjeuner et d´aviser ensuite. Nous sommes bons pour passer une journée de plus dans cette ville et ça ne nous enchante pas et aujourd´hui l´océan était calme, on a peut-être loupé une occasion. Stan contacte un piroguier dont il avait eu les coordonnées la veille. Le tarif n´est pas le même que pour le boutre parce que c´est une pirogue à moteur et l´essence est très chère à Madagascar mais nous n´avons pour l´instant que cette solution. Le piroguier habite de l´autre côté dans un petit village et nous allons à sa rencontre en nous disant que ça fera toujours une belle ballade. En effet nous devrons prendre deux pirogues-taxis pour traverser les bras du fleuve. En route nous rencontrons la propriétaire d´une pirogue à voile qui vient d´arriver de Belo et qui nous informe que les piroguiers repartent demain, pour un prix qui colle plus à notre budget. Bien sûr cela nous intéresse et elle nous propose de nous revoir en fin de journée. Nous voilà donc avec deux options mais nous espérons qu´il y en aura au moins une des deux qui marchera. Ici il faut bien ça ! Nous honorons tout de même notre premier rendez-vous mais nous disons tous les quatre que le tarif est un peu cher. Dommage, le feeling est bon avec Francis et la traversée aurait sans doute été instructive mais le tarif cinq fois plus cher que pour une pirogue à voile nous pose un problème. En fin de journée nous retrouvons la propriétaire de la pirogue à voile. Elle n´arrive plus à remettre la main sur les piroguiers mais nous dit que pas de problèmes elles en trouvera d´autres. Comme nous sommes quatre elle a prévu 2 pirogues avec 2 piroguiers chacune (pour le même prix). Nous donnons notre accord avons de nouveau rendez-vous á l´aube pour le départ. Dans la soirée elle nous appellera sur le portable pour nous dire que tout va bien, elle a trouvé des piroguiers parce que ceux avec lesquels elle était arrivée sont en train de faire la fête en ville et ne veulent pas repartir à Belo ! Encore une fois les choses auront été un peu compliquée mais visiblement c´est comme ça que ça se passe ici. Nous passons la soirée tous les quatre au resto de Jean Le Rasta à déguster des steaks de zébus sur fond de reggae.
A 5h30 nous nous trouvons sur le port avec une sensation de déjà vu... L´océan est calme comme la veille, ouf, et les pirogues et les quatre piroguiers sont là. Nous y chargeons nos sacs à dos après les avoir mis dans de grands sacs plastique, on n´est jamais trop prudent. Avant de rejoindre l´océan nous traversons un canal et à cette heure la lumière y est magnifique. Les maisons et les bateaux se reflètent dans l´eau et sur l´autre rive se trouve la mangrove. Le vent est au rendez-vous, pas trop fort, tant mieux, ça évitera que les pirogues se retournent mais suffisamment pour que nous nous éloignons de la côte que nous devons longer pendant 80 km assis sur une petite planche de bois. Nous avons fait une pirogue garçons avec Stan et Roger plus leurs deux piroguiers et une pirogue filles, Carmen et moi et nos deux piroguiers. Ils n´arrêtent pas de discuter et de rigoler et on se demande ce qu´ils peuvent bien se dire, aucun des deux ne parle français. Les deux embarcations se suivent un moment et l´équipe des garçons prennent un peu d´avance. Le soleil commence à chauffer, l´océan est turquoise, nous avons de quoi boire et manger, tout va bien. Vers 10h, le vent tombe et là c´est une autre histoire. Le soleil ne chauffe plus, il brûle, les piroguiers n´ont visiblement pas l´intention de pagayer mais d´attendre qu´il se lève de nouveau. Les garçons sont trop loin pour que nous voyions ce qu´ils font en attendant mais avec Carmen nous nous installons pour lire ou faire une petite sieste -comme les piroguiers- en nous ménageant de l´ombre. Rien ne bougera pendant 3 bonnes heures et tout d´un coup le vent se lève, c´est reparti. Les pirogues filent et sur chacune d´elle un piroguier est obligé de se tenir debout sur le balancier pour éviter qu´on se retourne. Après tout ce temps à attendre ça fait du bien. Nous mettrons tout de même huit heures pour accoster enfin à Bélo, tous les quatre en même temps. Malgré les plastiques, deux des sacs ont pris l´eau mais il fait beau et ça devrait sécher assez rapidement. Nous payons et remercions les piroguiers et comme ce sont eux qui nous ramènerons à Morondava nous leur disons que nous les tiendrons informés de quand nous repartirons. Carmen et moi partons à la recherche de notre hébergement en laissant les garçons à l´ombre avec les sacs. Quand nous revenons pour leur annoncer que les bungalows de chez Dorothé sont parfait, nous recroisons un des piroguiers. Il est accompagné de son fils et d´une femme plus âgée et nous comprenons vite qu´il nous l´a amené parce le pauvre gamin a une vilaine blessure à la main qui semble vieille de plusieurs jours et qui est couverte de sable. Il a un trou entre deux doigts qui semblent nécrosés, c´est gonflé donc infecté et le pauvre petit semble beaucoup souffrir. Il faudrait certainement des antibiotiques. Le père sait que les vazahas ont toujours des médicaments! Effectivement nous en avons mais n´étant pas médecin nous ne prenons pas l´initiative de donner des médicaments qui nous ont été prescrits surtout à un enfant de 4 ans. Nous désinfectons la plaie et la protégeons et essayons de faire comprendre à la grand-mère -le père est dèjà parti- qui ne parle que malgache qu´il ne faut pas enlever le pansement et qu´il faudrait qu´elle revienne nous voir demain pour faire un nouveau pansement.
Nous nous installons dans nos bungalows au bord de l´eau et demandons à Dorothè des bières pour célebrer notre arrivée en admirant le coucher de soleil. Nous sommes contents d´être parvenus jusqu´ici, ça valait le coup ! Vers 20h nous décidons qu´il serait peut-être temps que nous allions trouver un endroit pour dîner et faire un vrai repas. La vache qui rit et les biscuits consommés sur les pirogues c´est bien sympa mais comme nous sommes au bord de la mer nous préférons un bon poisson. Retour au village donc et là nous nous rendons compte que tout est déjà fermé ! Il faut nuit depuis deux heures et dans ce lieu ou il n´y a pas d´électricité les gens se couchent tôt et donc ferment boutique tôt. De toute façon il n´y a pas plus de deux restaurants. C´est loupé pour le poisson et nous ne savons pas trop quoi manger, les épiceries ne proposent pas grand chose et nous ne pouvons pas cuisiner. Nous nous munissons quand même de petits beurre locaux au cas où et retournons chez Dorothé voir si il ne peut pas nous aider. En chemin je me souviens que j´ai dans mon sac un sachet de soupe lyophilisée au poulet et que ça pourrait faire l´affaire. Dorothé nous dit qu´il peut nous faire bouillir de l´eau pour notre soupe et nous apprend que sa femme étant une excellente cuisinière et pourra nous préparer le dîner de demain. Vendu ! Nous préparons la soupe et la dégustons tous les quatre assis dans le sable autour de la cocotte et la trouvons délicieuse, faute de mieux...

1 février 2008

J+102-107 / La conquête de l´ouest

Bien au chaud dans notre petite chambre le "pinpon pinpon pinpon" d´un gamin jouant aux petites voitures nous sort des brumes orphiques ; nous nous levons et découvrons le lieu à la lumière du jour, c´est charmant. Nous faisons connaissance avec le taulier : Billy, le gamin c´est Louva, son fils. En tournant la cuillère dans notre tasse de café nous discutons de ce que nous pouvons faire pour la nuit de la Saint Sylvestre : pourquoi pas dormir au très select « Hôtel des Thermes » et passer la soirée au casino de cette ville thermale puis partir pour l´île Sainte Marie. Mais c´est au moment où nous échafaudons ces plans qu´un blouson noir entre chez Billy.Il est guide et s´appelle Bee et nous propose une descente en pirogue du fleuve Tsiribihina sur 4 jours. Il a déjà deux clients et avec nous l´équipe serait au complet. Le programme donne envie mais nous prenons l´après-midi pour réfléchir. En fin de journée nous lui donnons notre accord, malgré le prix totalement hors budget -merci les tatas corses pour les étrennes de Noël - mais lui demandons de partir le 1er janvier puisque nous avions déjà prévu notre soirée du 31. Il nous dit qu´il va demander aux deux autres -des Suisses Allemands- pour voir si ils accepteraient de décaler le départ. Il revient avec une réponse négative. Nous décidons que ce n´est pas grave et acceptons de partir le lendemain matin en nous disant que nous fêterons la nouvelle année d´une manière un peu différente. Alors, marché conclut, contrat signé, nous versons les 30% d´acompte.
Le lendemain, sacs à dos bouclés, nous attendons dans la salle commune de chez Billy en discutant avec sa femme Caroline -une vazah originaire d´Alsace. A 10 heures notre guide se pointe et réclame le reste de l´argent ; je tique un peu mais le lui verse au vu du contrat que nous avons signé la veille. Nous chargeons les affaires et faisons connaissance avec Eulalie la femme de Bee qui s´occupera de la popote et avec l´équipe Suisse, Carmen et Roger, qui nous a pourri notre jour de l´an au casino d´Antsirabe -dans lequel nous allions certainement faire fortune... Le minibus part, l´arrivée est prévue à Miandrivazo vers 17 heures. Nous effectuons différents arrêts sur cette route vallonnée, illuminée par un soleil qui renforce les couleurs de ce paysage encore humide des pluies quotidiennes qui arrosent le pays en cette saison, ocre rouge contrastant avec le vert flamboyant des rizières. Le chauffeur du minibus nous donnera quelques explications sur la route notamment sur les mines d´or et la situation précaire des orpailleurs et des chercheurs d´or. Ils sont exploités par les propriétaires mais aussi par des commerçants qui leurs font crédit et se remboursent trés largement sur les salaires qu´ils touchent en proportion des pépites qu´ils ont pu trouver, souvent c´est bien maigre. Nous arrivons dans cette ville du farwest malgache, rues défoncées et boueuses, quelques maisons en dur mais la plupart sont de bois et délabrées, fils électriques qui courent de façon chaotique dans toute la ville. C´est ici que nous passerons le 31... Nous faisons connaissance avec les piroguiers, et un certain Norbert qui n´a sans doute pas cessé de boire du rhum depuis les fêtes de Noël. C´est avec eux que nous partons tous prendre notre dernier repas de l´année. Celui-ci achevé tout le monde nous abandonne pour aller se coucher...il est 21 heures. Les suisses sont fatigués et Bee ne semble pas si rock´n roll que son look veut le laisser croire. Seul Zafiri le chef piroguier reste avec nous. Nous trouvons quand même tous les ingrédients pour continuer la fête et nous voilà dans un guinguette malgache au bord du fleuve à danser sur les derniers tubes de Madagascar, fumer, boire, transpirer et nous embrasser pour fêter la nouvelle année. Ce soir nous n´irons pas jusqu´à l´aube car demain nous devons embarquer tôt mais la soirée ayant commencé à 21 heures nous sommes contents de notre soirée.
A 7 heures nous entendons toquer à la porte, Carmen nous signale qu´il est largement l´heure de nous réveiller. Nous n´avons pas entendu le réveil et nous sommes déjà bien en retard. Rapidement nous nous rendons compte que nous aurions pu dormir encore un peu car Zafiri tarde et nous savons pourquoi...nous ne partirons pas avant 10 heures, le temps de charger les 2 pirogues de tout ce qui nous sera nécessaire pour ces 4 jours.
Tranquilement nous suivons le courant de ce fleuve rouge pendant que Zafiri continu sa nuit sur la pirogue, d´ailleurs nous aussi sommes un peu comateux. L´autre pirogue a l´air en meilleur forme et nous nous faisons distancer. Heureusement après la pause midi nous remettons un coup de pagaie et nous arrivons à maintenir la distance. Petit à petit nous nous familiarisons avec l´équipe suisse et prenons un peu nos distances avec notre guide qui semble prendre son métier très au sérieux, comme un leçon apprise par coeur qu´il doit réciter devant un jury. Nous regardons ce paysage fluvial défiler doucement au ras de l´eau et voyons aussi des nuages noirs nous rattraper petit à petit. Heureusement nous arrivons au village étape avant la pluie qui s´abattra sur nous de façon foudroyante à peine trois minutes après que nous ayons mis pied à terre. Nous faisons connaissance avec le chef de ce village de pêcheurs qui nous invite à le suivre pour découvrir les alentours. Il nous décrit les plantes, nous montres des caméléons, nous explique les dégats causés par le dernier cyclone qui a ravagé la région il y a quelques années, cette petite ballade nous a ouvert l´appétit. Quand nous rentrons Eulalie nous a préparé un repas des plus fameux. A la nuit tombée nous partons avec Jean, qui tient la gargote du village, pour découvrir les lémuriens. C´est à ce moment que l´aventure commence : Jean est complètement cuit au rhum, il me confit une lance au cas où nous rencontrerions des sangliers, Laetitia et Roger sont munis des lampes de poches ; heureusement il y a Bobby le chien qui doit débusquer les lémuriens. Quelques minutes plus tard Bobby aboit, Jean va vite voir et nous demande de venir, à notre grande surprise il nous indique le sol, nous montre une petite boule piquante d´à peine 4 cm de diamètre : un hérisson. Pas si mal comme mise en bouche. Nous continuons à grimper, cela devient de plus en plus glissant. Bobby n´aboit toujours pas. Et les phrases de Jean nous donnent de plus en plus envie de rire « doucement, doucement » « Allez, on y va » « doucement, doucement » « Attention, attention » « Bobby, Bobby »... Enfin l´apothéose de cette promenade est quand nous retrouvons Jean à quatre pattes pour nous montrer une luciole. Nous rentrons de cette promenade sans avoir vu un seul lémurien, mais quelle rigolade cette expédition complètement foireuse. Notre guide consciencieux nous attends pour être sûr que nous nous couchions en sécurité, sourire, et nous allons nous coucher. Réveil à l´aube, le village est dans une brume qui se lève rapidement sous l'action du soleil. Nous embarquons, découvrons la nature, les berges de ce magnifique fleuve, nous voyons nos premiers lémuriens passant d´arbres en arbres, des niches de chauve-souris géantes dans les falaises. Nous faisons une pause prés d´une magnifique cascade où nous pouvons nous laver à l´eau clair, pas du luxe ; le seul qui ne se lavera pas c'est notre guide car il a peur des crocodiles. Nous reprenons notre course, vers 14 heures nous accostons dans un village où la pluie et les villageois nous accueillent. Une nouvelle fois le chef est là pour nous recevoir et nous faire visiter le village. Il roule des mécaniques, ne parle pas un mot de français et la seule chose qu´il nous montre de son village c´est l´école, 6 mètres carré qui ressemble plus à une étable qu´à une salle de classe. De retour Eulalie nous a préparé un bon repas avec l´aide d´un des piroguiers. En discutant avec les suisses nous apprenons que Bee, notre guide nous a menti et qu´il n´était pas été les voir pour savoir si ils souhaitaient décaler le départ au premier janvier... Le soir repas à la bougie accompagné d´un bon rhum arrangé et d´un pet de paille que Zafiri fait tourner . Nous allons nous coucher et trouvons le sommeil sans difficulté dans nos petites tentes igloos. Au programme de la journée du lendemain, nous devons voir des crocodiles d´après notre guide, mais j´en avais déjà discuté avec le chef du premier village et nous savons que nous n´en verrons pas, car en cette saison pluvieuse ils remontent vers les lacs où les eaux sont plus calmes. Le crédit de notre guide s´amenuise de plus en plus ; par contre au niveau organisation, un vrai scout. Le vent commence à se lever, le fleuve se met à frissonner, les nuages commencent à recouvrir notre ligne d´horizon qui se réduit au fur et à mesure que le mur de pluie se rapproche de nous...le compte à rebours est lancé. A midi nous arrivons à l´étape, les petits vazahas on du mal à débarquer tant les berges sont boueuses, nous nous enfonçons jusqu´aux genoux, petit moment d´angoisse, mais les piroguiers viennent à notre secours et nous sortent rapidement de notre plan vaseux pour nous mettre sur la terre ferme. Le vent devient de plus en plus fort, la pluie se met de la partie, et en moins de dix minutes c´est le déluge. Zafiri part prévenir les gars du village voisin qu´ils peuvent venir nous chercher avec leurs chars à zébus. On ne voit plus à trente mètres. Notre guide nous apprend que nous sommes en périphérie d´une tornade. Nous engloutissons notre repas à une vitesse cyclonique. Le pluie cesse. Les chars à zébus arrivent. Avant de charger nos affaires nous disons au revoir aux trois piroguiers, il va leur falloir dix jours pour remonter à Miandrivazo à contre courant. Nous montons à bord des chars et c´est parti pour un rodéo de deux heures. Dès les premiers mètres nous comprenons la situation : le chemin est boueux au possible et nous devrons passer une rivière à guet et trois marigots. Le passage de la rivière se passe sans problème. Cela se complique quand nous abordons le deuxième marigot où l´eau a envahie le chemin sur plus de 30 mètres, les zébus peinent à tracter la charrette, ils sont dans la boue jusqu´au bas-ventre et nous voyons l´eau boueuse s´infiltrer dans le fond de la carriole qui penche de plus en plus, en sortant du marigot nous approchons le seuil critique du retournement. C´est ce moment que choisit un des zébus pour se détacher. Notre charretier -par là nous voulons parler du conducteur du char, nous ne savons pas si c´est le bon terme mais comme il jurait beaucoup, on va dire que c´est le bon mot- maîtrise la situation et nous sortons sans une tâche de boue de cette situation inconfortable. Par contre les zébus ont bien morflés et nous le font savoir en relâchant leurs sphincters pour le reste du trajet. Arrivés au village, le charretier nous dépose à l´auberge où se dresse un magnifique baobab plusieurs fois centenaires. La nuit tombe, la pluie tombe et nous tombons à notre tour. La journée du lendemain, nous rejoignons la technologie. Un 4x4, nous embarque, heureusement car la pluie est dilluvienne. Aujourd´hui nous rejoignons Morondava dernière ville à l´ouest de Madagascar, plus de trois heures de piste pour l´atteindre, et sur la piste nous devons nous arrêter pour voir la fameuse allée des baobabs et deux autres baobabs notoires. Le premier est le baobab sacré du peuple Sakalava, les seconds sont les baobabs amoureux nous les verrons sous la pluie et sous nos parapluies eux-aussi amoureux. Nous abordons l´allée des baobabs en parapluie et nous la finissons en lunettes de soleil, tout simplement magnifique. En plus nous avons de la chance, nous sommes les seuls sur le site.
Nous arriverons à Morondava avec quelques heures de retard, normal par les temps qui courent et avec l´état des pistes et des routes. Nous posons nos guêtres chez Jean le Rasta. Cinq jours sont passés, nous sommes vidés et heureux.

27 janvier 2008

J+98-101 / Au pays des pousse-pousses et des pirogues

L´heure de quitter Tolongoina est venue, direction Manakara sur la côte est et terminus de la ligne de chemin de fer. Un dernier regard vers les montagnes et nous prenons le chemin de la gare. Nous croisons le Général et Mariette venus au village pour la veillée du corps du défunt, un jeune homme qui a eu un accident de voiture sur l´une des routes les plus dangereuses de Madagascar qui va de Tamatave à Tananarive, les camions venant du port le plus important de l´île roulent à tombeau ouvert en direction de la capitale pour livrer leurs diverses marchandises. La sinuosité de cette route explique le très grand nombre d´accidents sur ce trajet. A Masdagascar, lorsqu´un décès survient dans un village, tout les habitants participent à la veillée funèbre qui peut durer plusieurs jours. Nous remettons à Mariette une enveloppe à l´attention de Jean-Baptiste en remerciement de son aide et repartons pour la gare. Nous n´avons pas longtemps à attendre avant que le petit train des montagnes entre en gare. Il y aL´heure de quitter Tolongoina est venue, direction Manakara, sur la côte est, au bout de la ligne de chemin de fer. Un dernier regard vers les montagnes et nous prenons la direction de la gare. En chemin nous croisons le Général et sa femme, venus au village pour la veillée du corps du défunt. C´est un jeune homme qui a eu un accident de voiture sur l´une des routes les plus dangereuses de Madagascar qui va de Tamatave à Tananarive. Les camions venant du port le beaucoup moins de monde et nous trouvons facilement une place pour nous asseoir. Le voyage se passe à merveille, il y a même un service glacière avec jus naturels et yaourts. Plantations de riz aux creux des montagnes, forêt à perte de vue mais nous pouvons y voir de nombreuses parcelles brûlées par les paysans pour cultiver le manioc. Le rendement est bon pendant quelques années puis décroît très rapidement, la friche laissée sur ces collines n´intéresse même pas les zébus, de plus elle est rapidement dévastée par les pluies torrentielles lors de la saison des pluies ce qui laisse présager des déserts à venir dans cette région du monde. En discutant un peu avec les gens nous apprendrons que ce n´est pas le seul facteur de déforestation. Il y a aussi l´action du président qui brade sa forêt aux pays riches, Europe, Etats-Unis et bien entendu la Chine, ce nouveau super-prédateur de ressources naturelles, tout cela pour quelques marchés plus ou moins juteux. Cette absence de gestion forestière est un fléau dévastant la forêt et qui menace l´économie du pays sur le long terme, fin de cette parenthèse politico-écologique. Le train peut continuer tranquillement. Petits arrêts dans les villages, passages de tunnels, le tout baigné de la lumière généreuse du soleil. Petit à petit les montagnes disparaissent et laissent place au relief plat de la côte est. Il est 15 heures, le train s´immobilise, nous sommes à destination. Tout juste le temps de mettre les pieds en dehors de la gare que les pousse-pousses se précipitent sur nous pour nous charger jusqu´à l´hôtel de notre choix, nous décidons de faire le chemin à pied. Nous nous installons « Aux Flamboyants » un petit hôtel tenu par Lionel, un vazaha, ancien entraîneur de boxe installé sur l´île depuis une dizaine d´années. Très rapidement nous sympathisons avec ce bonhomme très prolixe en paroles et anecdotes sur son ancien boulot, la culture japonaise et la politique malgache.
Nous prenons contact avec un guide régional que nous conseille Lionel : Musa. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin pour pagayer sur une petite portion du canal des Panganales. Ce canal de plus de 600 km qui longe l´océan aménagé durant la colonisation, servait pour le transports des biens le long de la côte est quand la saison des cyclones rendait trop difficile la circulation par voie de mer ; mais faute d´entretien, depuis plusieurs dizaines d´années sa fonction commerciale a disparue. Le soir nous irons déguster de la langouste à un prix défiant toute concurrence dans un petit restaurant tenu par une des nombreuses jeunes malgaches qui ont trouvé l´amour dans le porte-monnaie de vazaha quinquagénaires tombés amoureux de cette île aux charmes innombrables. Le lendemain huit heures, deux pousse-pousses nous attendent pour nous emmener au point de départ des pirogues. Drôle de sensation que d´être transportés par des hommes suant et la plupart du temps courant pieds nus et tout cela pour un salaire de misère ; nous devons mettre de côté notre ressentiment quant à leur situation et comprendre que c´est pour nourrir leur famille que ces hommes transpirent. Arrivés à bon port, nous retrouvons Musa et ses deux piroguiers et partons pagayer gaiement sur le canal. Quelques minutes plus tard nous nous arrêtons dans le village de pêcheurs où habite Musa et son jeune fils nous rejoint avec un poulet bien vivant dans le cas où nous ne trouverions pas de poissons à acheter pour le déjeuner. Trois heures de rame plus loin nous débarquons sur la berge du canal, nous nous rendons dans un village et les étales sont pleins, il y a même de petits requins ; mais c´est sans doute trop cher et Musa préfère prendre un gros poisson-chat, plusieurs poignées de crevettes et un fond de Tokagasy, un rhum des plus illégal puisque son degré d´alcool dépasse largement les 70...nous ajoutons quelques noix de coco et repartons à pied pour la réserve des lémuriens. Pendant une heure nous usons nos tongs sur la piste. La réserve est un peu loin de ce que nous imaginions : nous sommes dans un immense hôtel sans client, tenu par une riche famille chinoise de Manakara qui pour agrémenter leur parc y ont ajouté un mini-zoo. Petite anecdote, dans ce lieu il est interdit -« fadhi » en malgache- de porter du rouge -en souvenir de la guerre d´indépendance qui donna lieu à une bataille des plus sanglantes sur ce bout de plage- et de manger du porc par respect pour l´ancien propriétaire sans doute. Malgré le contexte nous apprécions ces jolis petits lémuriens mais tout cela manque un peu d´exotisme. Un bon repas, du bon rhum et nous repartons sur le canal où nous pouvons admirer les oiseaux : hérons, cardinaux, martin-pêcheurs, coucous malgaches, aigrettes...Une belle promenade au rythme paisible de la pirogue que nous finirons en amoureux en admirant le couché de soleil en se délectant de jus naturels, avant de s´attarder sur une superbe entrecôte de zébu dans une petite guinguette de bord de fleuve.
Le lendemain nous récidivons, toujours avec Musa pour guide, avec trois passagers supplémentaires en la personne du consul honoraire des Seychelles, sa femme et leur fille. Cette fois nous prenons la direction du sud du canal. Hier nous avions aidé pour ramer mais aujourd´hui nos petits muscles de vazahas sont trop courbaturés, nous nous contenterons de regarder le paysage. Au programme le Trou du commissaire, seul endroit ou l´on peut se baigner sans crainte dans la région puisque il est protégé des requins par une petite barrière de corail. Nous déjeunons sur une assiette géante constituée d´une feuille de l´arbre du voyageur, s´en suit une bonne sieste à l´ombre des cocotiers. Sur le trajet du retour nous visitons une plantation de vanille à l´agonie en raison du manque cruel de pluie. Au passage Musa et son frère nous montrerons différentes plantes médicinales que beaucoup de malgaches de la région utilisent encore, ce qui leur permet d´économiser le coût des médicaments qui restent très chers pour une grande partie de la population. Nous verrons aussi un plant de café solitaire, il est un peu chétif, à l´image de l´économie caféière de l´île. De retour sur la terre ferme le consul nous dépose à la gare routière où nous réservons nos places pour le lendemain pour Antsirabe, malheureusement il n´y a qu´un trajet journalier qui part à 16 heures avec une arrivée prévue à 4 heures du mat. Le soir nous retournons déjeuner « Chez Tina » à la lumière des chandelles car comme tous les soirs il y a coupure d´électricité sur Manakara, pour des raisons qui prêtent à débat chez les locaux. Le patron nous offre le digestif, un petit rhum arrangé au quat des plus fameux qui nous aidera à nous endormir comme deux souches après ces deux jours de pirogues bien sympathiques. Le lendemain petit bavardage avec Lionel et Philippe, un autre client de l´hôtel qui connaît bien Madagascar, nous leur faisons goûter le café éthiopien d´Harrar, une autre qualité que le Robusta local torréfié façon « ça va comme ça vient ». Seul petit bémol, c´est que l´eau du robinet, tirée du fleuve, est salée à cause du manque de pluie, et le café salé c´est pas terrible. En début d´après-midi nous prenons la direction de la gare routière à bord de nos pousse-pousses. Un dernier regard à cette plate bourgade. Une heure plus tard nous sommes projetés sur les routes à fond les manettes direction le nord. Impossible de fermer l´oeil dans ce cercueil roulant, tanguant, hurlant et crissant. Deux heures du matin nous sommes déposés à Antsirabe, deux heures plus tôt que prévu. Pas le tant de souffler qu´une bande de pousse-pousses se précipite sur nous. « moi c´est Jean, numéro 4 » « Baptiste, numéro 12, bon prix » « Roberto, numéro 5, bon prix » « Pousse-pousse numéro 8, chez Billy » « Chez Billy » résonne dans nos petites têtes saturées par tous ces gens qui veulent absolument que l´on monte à bord de leur pousse-pousse. A Manakara, Philippe nous avait aussi parlé de cet hôtel ; alors puisqu´il faut en choisir un ce sera celui-là. Petite discussion sur le prix du trajet et nous embarquons avec le 8 et le 11. Un quart d´heure plus tard les pousse-pousses réveillent le gardien, qui réveille un autre gars à l´intérieur et nous voilà dans un bon lit dans une des villes les plus froides de Madagascar, Antsirabe la Vichy malgache. Après demain nous serons en 2008.

26 janvier 2008

J+95-97 / Le Noël malgache (en tongs)

Pendant que nous prenons notre petit déjeuner devant le chalet, le Général et Mariette arrivent précédés de Jean-Baptiste. Ils ont eu notre message et viennent à notre rencontre. Ils doivent se rendre à 45 km de piste pour une visite et nous proposent de revenir nous chercher en fin de journée et de nous emmener à Ambohimisaf, le village où ils ont une petite maison. Ils nous demandent ce que nous avons prévu pour Noël, la réponse étant « absolument rien », ils nous invitent à passer les deux jours chez eux. Nous sommes ravis de passer Noël dans une famille et dans un village, loin des Noëls que nous connaissons. Nous profitons de cette journée pour essayer de rencontrer l'oncle de Dinh – M. Armand - qui possède une plantation de café pas très loin. Encore une fois, c'est Jean-Baptiste qui va nous servir de guide. Il est accompagné du petit-fils de M. Armand et ils vont tous deux nous conduire à la plantation. M. Armand est absent pour quelques jours mais sa fille nous accueillera. Nous empruntons un chemin aux milieu de rizières, magnifique. Jean-Baptiste qui connaît bien la faune et la flore locale nous donne les noms des plantes et des arbres et nous montre nos premiers caméléons. La famille de M. Armand ne parle pas français et c´est Jean-Baptiste qui fera la traduction pour lui expliquer qui nous sommes et pourquoi nous sommes là. Nous voilà en route pour la plantation. Pour l´atteindre il nous faudrait presque une machette ! Les caféiers, que nous avons du mal à repérer au milieu de toute cette végétation sont plantés à flanc de montagne sous des bananiers, jacquier et autres arbres tropicaux. La période de la récolte est passée, le lieu n´est entretenu que deux fois par an et comme nous sommes en saison des pluies la végétation à très vite repris ses droits. Le propriétaire n´étant pas là nous n´aurons pas d´explications sur la façon dont on cultive le café dans cette région de Madagascar. Nous apprenons tout même que la culture du café sur l´île va mal pour plusieurs raisons. D´abord à cause de la chute des cours mondiaux du café dans les années 90 et de la concurrence de plus en plus rude de pays comme le Vietnam, le Brésil, l´Indonésie ou la Côte d´Ivoire. Un autre problème auquel est confrontée la production locale est que le Robusta qui représente la quasi totalité de la production n´intéresse pas les pays occidentaux qui sont parmi les plus gros consommateurs de café au monde. La chute du cours du café couplé à l´inflation sur l´île font que les plantations sont à peine entretenues, que les paysans ne se donnent plus beaucoup de peine pour les entretenir, qu´ils ne renouvellent pas les plants donc il y a moins de rendement et que parfois ils préfèrent ne pas se donner la peine de ramasser les baies... la production ne sert donc plus quasiment que pour la consommation locale et très peu à l´export où le café de cette qualité s´est vendu en 2007 pour environ un dollar le kilo alors que des Arabicas de très bonne qualité peuvent monter jusqu´à 150 dollars. Nous quittons cette famille de fermier avec le secret espoir que les cours du café vont remonter et leur permettre de pouvoir sortir de ce cercle vicieux.
Sur le chemin du retour, nous croisons d´autres fermiers et à la vue de leurs bicoques on se rend vite compte que la situation n´est pas beaucoup plus brillante. Pendant que nous discutons, un témoin de Jéhovah nous aborde pour nous compter la bonne parole de ce Dieu si généreux qui fait tant pour la misère du monde. Il n´y a qu´à voir la prolifération des sectes dans ce petit village d´à peine 5 000 habitants, où la plupart des gens se font exploiter par des commerçants peu scrupuleux et souffrent d´illettrisme et vous comprendrez qu´un des seuls espoirs est de pousser les portes de ces sectes qui vont sans aucun doute les aider à sortir de la misère... Au moins en priant on pense à autre chose et on peut espérer que la vie sera meilleure quand notre âme ira rejoindre le ciel, là-haut le soleil brille...Sur ce je renvois ce saint homme vers des âmes plus à même de comprendre la sainte parole du Fils de Dieu.
A la nuit tombée le Général et son épouse sont de retour et nous partons aussitôt pour le village d´Ambohimsafy. Le village est encore plus petit que le précédent, une cinquantaine de maisons au bord du fleuve, face à une majestueuse montagne qui prête à la méditation quand la nuit s´éclaire d´étoiles. La maison du général se situe en hauteur par rapport au village et donne une bonne vue d´ensemble sur celui-ci. Pas de confort superflu, une cahute avec un trou pour les toilettes, un seau et un pichet d´eau chaude pour la salle de bain, trois pièces plus une petite cuisine au charbon de bois et un groupe électrogène, le seul du village. Nous sommes huit à loger pour les fêtes chez le Général, la femme du Général, sa soeur et son bébé, deux neveux et nous-même. Le Général débouche une THB de bienvenue, le neveu fait une rapide prière et nous pouvons commencer le repas tout en discutant de la politique locale et nationale. Mariette a perdu aux dernières élections de députation il y a quelques semaines de cela.
Le lendemain veille de Noël, nous aidons Mariette à finir de préparer des petites pochettes remplies de sucreries qu´elle distribuera à la sortie de la messe de Noël. Tous les ans elle en confectionne plus de mille ! Mariette et le Général ont beaucoup d´idées pour aider les habitants du village et surtout ils les mettent en place. Je part ensuite avec Roseline, une amie de la famille qui rigole tout le temps, pour décorer le sapin de Noël au temple lutherien du village. Elle ne parle pas français et moi le malgache mais pas besoin de parler pour accrocher des boules et des guirlandes. Des enfants amusés de ma présence sont là et jouent en attendant que le sapin soit prêt. Dans l´après-midi tout le monde se prépare pour la veillée, notamment les fillettes et les femmes qui se font de jolies coiffures nattées. La veillée commencera vers 20h au temple et se terminera vers 1h du matin ! Ce soir tous les enfants du village et de ceux des environs vont présenter les chants et les poèmes qu´ils ont appris ces dernières semaines. Lorsque nous entrons dans le temple, il est plein à craquer, les adultes occupent les bancs et tous les enfants sont assis par terre. Trois chaises nous ont été réservées. Les groupes d´enfants défilent les uns après les autres et tous semblent très fiers de chanter devant leur famille. C´est un peu long mais très agréable de voir toute cette communauté heureuse de partager ce moment.

Le lendemain, ça y est, c´est Noël. Les gens se font tout beaux pour se rendre au temple pour la messe. Encore une fois les chants emplissent le lieu et la joie semble au rendez-vous. A la sortie de l´office, Mariette distribue ses friandises aux enfants qui l´attendent. Tous repartiront avec leur petit sachet, pour certains c´est peut-être le seul cadeau qu´ils recevront. Après un très bon déjeuner et une petite sieste, le Général et Mariette nous ramènent à Tolongoina. Le lendemain nous avons rendez-vous avec Jean-Baptiste pour deux jours d´excursion dans la région. Malheureusement dés notre arrivée au village, il nous apprend qu´il y a eu un décès dans sa famille et qu´il ne pourra pas honorer sa promesse. Bien-sûr nous comprenons et décidons donc de quitter le village le lendemain.

19 janvier 2008

J + 90-94 / Qui voudra des vazahas pour Noël ?

Dans une dizaine de jours c'est Noël. Nous sommes en T-shirt, les tongs battent le bitume de la capitale ; nous déambulons dans les rues au gré du soleil et des averses. Découverte des marchés, des gargotes, d'un restaurant en bord de rizières, des quincailleries malgaches ; mais aussi la rencontre de différents membres de la famille de mon ami Dinh et Dieu seul connaît l'importance de la famille à Madagascar ! Au programme pour ces premiers jours : dégustation des produits gashs : yaourts frais, poulet, tilapia (un poisson d’eau douce), jus naturels, moufgasi (des gâteaux à base de farine de riz), litchis (en comparaison, ceux que l’on mange en France n’ont rien à voir) , mi-sao (un plat d’origine asiatique), steaks de zébu, le bonheur du palais. Après trois mois d'ascèse alimentaire imaginez le bonheur que nous avons pu éprouver à notre premier coup de fourchette. La Rue de Tana est très vivante, ça se bouscule entre piétons, voitures et marchés improvisés dès qu'un bout de trottoir est libre. Comme sur le continent la misère est très présente, beaucoup d'enfants et de femmes avec leur bébé mendient quelques Ariary la monnaie locale, nourriture, stylos, cahiers, bonbons. A coté de cette mendicité beaucoup de gens subsistent de petits boulots, vente de tabac de contrebande, borne téléphonique, revendeur de briquets, voitures miniatures et autres babioles « Made in China », cordonniers et cireurs de chaussures. Un autre élément important de la rue tananarivienne ce sont les taxis pour la plus part des 4L ou des 2CV, parfois de vieilles Peugeot 203 de couleur beige pour les officiels. La nuit le paysage change, des rues mal éclairées, peu de monde à part quelques badauds à la démarche plus ou moins sûre, parfois des filles faisant des allers et venus de façon suggestive, quelques flics qui contrôlent le vazaha espérant lui soutirer quelques thunes dans le cas où celui-ci aurait eu le malheur d'oublier son passeport à l'hôtel…heureusement nous l'avions avec nous.
Pendant quelques jours nous prenons la température de la ville, nous rencontrons quelques membres de la famille de Dinh. Philibert, un des oncles de Dinh que nous connaissons de la métropole et qui vient préparer sa retraite à Madagascar avec sa femme Clémentine, nous aidera à organiser la suite de notre séjour. Il nous prépare notre rencontre avec son ami le Général dans la région sud-est où se trouve un autre oncle qui tient une plantation de café. Il nous accompagnera jusqu'à la station de taxi-brousse pour acheter notre ticket. A peine a-t-il mis les pieds dans la station qu'une nuée de rabatteurs l'entoure pour essayer de l'attirer vers leur coopérative de mini-bus, mais tonton Toubib connaît son histoire et ne s'en laisse pas compter et va directement à la coopérative de son choix. Quelques minutes plus tard nous avons notre ticket pour Fianarantsoa, ville où nous devrons prendre le train pour Tolongoina. De là, il nous faudra prendre contact avec le propriétaire d'une gargote qui enverra un émissaire dans le village du Général qui habite dans un petit village perdu dans la montagne à 15 kilomètres de là. Ayez en tête que ces villages se situent dans la forêt primaire de l'est de Madagascar qu'il n'y a ni électricité, ni eau courante et que nous sommes en saison des pluies ; l'autre moyen d'y accéder sont des pistes qui ne sont pas toujours dans leur plus bel état en cette saison.
Le lendemain un petit déjeuner rapide dans un boui-boui de bord de route et nous embarquons dans taxi 4L direction la station de taxi-brousse au sud de Tana. La ville est prise dans les embouteillages et notre taxi, comme tous ses collègues, coupe le moteur à chaque arrêt même si ça ne doit durer que quelques secondes. Il faudra trois bonnes heures avant que notre taxi-brousse décolle enfin de Tana sous une pluie torrentielle. Sorti des embouteillage de la ville le chauffeur met le pied au plancher, enchaîne les clopes et les appels de phares, les virages se succèdent au son des crissements de pneus qui laissent une douce odeur de gomme dans le mini-bus, Espérons que l'un d'eux n'éclatera pas en route. Heureusement ce ne sera pas le cas et une heure après le levé du soleil nous sommes arrivés à destination. Sans perdre de temps nous nous rendons à la gare où déjà une bonne centaine de personnes attendent pour acheter leur billet de train. Nous voyons débarquer nos amis Maya, Michael et Fabien, une bonne surprise. Ils ont déjà leur ticket de première classe. Il y a beaucoup de monde, dans trois jours c'est Noël et les gens vont retrouver leur famille pour les fêtes, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir embarquer. Finalement nous réussirons à acheter nos billets. La compagnie rajoutera trois wagons supplémentaires aux trois déjà accrochés à la locomotive et tout le monde pourra embarquer. A chaque nouveau wagon accroché c'est la ruée, nous devons nous battre pour réussir à monter et trouver une place debout entre les paniers, les valises, les poulets, sans compter toutes les personnes qui s'entassent tout naturellement comme des sardines. Avec à peine deux heures de retard le conducteur du train siffle le départ, doucement nous arrivons à notre vitesse de croisière qui doit s'approcher des 35 km/h. A chaque arrêt des gens montent et descendent, des revendeurs de tous âges passent sous les fenêtres pour vendre fruits, légumes, écrevisses, poulets, lapins... Nous retrouvons nos amis quelques stations plus loin et décidons de squatter leur wagon de première, histoire de papoter et de profiter du confort relatif de la première classe. 13 heures, arrivée à Tolongoina. Nous descendons tandis que eux continuent vers Manakara. Tolongoina est un village au cœur de la montagne, petites maisons de bois et de terre aux toits de branches, de paille ou de taule, pas une voiture ; les gens circulent à pied ou en charrette à zébus, tout le long de la rue principale des étales marchandes. Ambiance western malgache.
Nous trouvons rapidement notre premier contact, Monsieur Salala, mais il est trop alcoolisé et ne parle pas un mot de français, difficile pour nous aider d'une quelconque façon. Heureusement Jean-Baptiste un guide local vient à notre secours pour trouver une estafette piétonne qui part sur le champ pour le village d'Ambohimisafy à 15 kilomètres afin d'avertir le Général. Retour à la gargote pour patienter en attendant l'éventuel arrivée du Général si le message lui parvient ce soir et qu'il est au village avec son épouse Mariette. Nous devons aussi organiser notre rencontre avec un autre oncle de Dinh qui tient une plantation de café robusta près du village, gentiment Jean-Baptiste nous propose son aide. Pour patienter nous allons jouer au casino qui se trouve juste en face de la gargote de Monsieur Salala sur la place : une roue de bicyclette, une planche avec quelques numéros pour miser et voilà vous pouvez jouer à la roulette dans une ambiance improbable. Avec Laetitia nous sommes très émus, c'est la première fois que nous allons au casino. Entre temps Monsieur Salala viendra pleurer à notre table… La nuit arrive, pas de nouvelle de l'émissaire, nous avons perdu toute notre fortune de petits billets. Sur les conseils de Jean-Baptiste nous passerons la nuit à Tolongoina dans un petit chalet face à la montagne.
Après-demain c'est Noël.

15 janvier 2008

J+ 89 / Bienvenue à Antananarivo

Tous les quatre dans le taxi ; sans attendre la ville se découvre à nous, petites maisons en briques rouges de deux étages aux détails de façade tout en finesse. Nous nous émerveillons à chaque virage, à chaque franchissement de colline. Dans le haut se niche les maisons et dans le contre bas les rizières. Arrivés dans le centre les rizières ont disparues, elles ont laissé place aux marchés et à la vie commerçante et bouillonnante de cette cité aux 24 collines et ses deux millions d’habitants.
Arrivé dans le quartier d’Isoraka chacun prends ses quartiers de vacances. Nous nous retrouvons pour une petite promenade direction le palais de la reine qui domine toute la ville. En dégustant quelques litchis dans la cour d’une église, nous regardons la fin d’un match de foot qui a lieu dans le stadium un kilomètre en contre bas. En écho le grondement des supporters nous indique le résultat des penaltys. La nuit tombe c’est l’heure de l’apéro où nous nous abreuvons de la bière star, la THB ; puis du resto où nous dévorons notre premier steak de zébu arrosé d’un millésime malgache. Un ami de nos expatriés sud-africain nous rejoint, il arrive tout juste de la Réunion. Pour fêter ça nous prenons la direction d’un bar, où la THB continue à couler à flot. L’alcool faisant son office, nous nous lançons dans un karaoké endiablé, tout simplement sublime. Nous enchaînons par un billard sans queue ni tête… sans qu’aucun de nous ne s’en offusque le jour se lève, qu’importe il y a des coups à jouer et à boire. Mais tout chose ayant une fin, deux heures plus tard il faut bien fermer le claque. Bras dessus, bras dessous le patron du bar nous emmène au palace de la ville « Le Colbert » pour déguster les meilleurs croissants de Tana.
Il est 8 heures, une bonne heure pour se coucher.

5 janvier 2008

J+87-88 / Une nuit aéroportée

Dernières heures sur le continent, 35° avec un taux d'humidité à peine supportable, sacs à dos sur les genoux, coincé sur les fauteuils d'un dala-dala qui fonce vers l'aéroport international de Dar-Es-Salaam. D'ici après demain nous mettrons pied sur l'île de beauté de l'hémisphère sud : Madagasdcar. Laetitia commence à être impatiente de découvrir sa rivale du sud, et de se rendre compte si Madagascar peut rivaliser avec sa Corse natale, cela est sans doute possible car une partie de la famille Guerini a déjà investit dans les casinos et les grands hôtels malgaches, et c'est sans compter tous ces corses qui ont choisit de prendre le maquis gash pour se lancer dans la production de charcuterie. Un autre point commun entre ces deux îles c'est le sanglier…
Une fois les deux fouilles effectuées et après avoir patienté gentiment dans le hall, les portes s'ouvrent et nous pouvons embarquer. Un vol sans difficulté, bref rien à raconter. Nous atterrissons trois heures plus tard à Johannesbourg, changement d'ambiance radical. Un aéroport immense, une infrastructure très occidentale, un parc automobile récent. Tous les produits de consommation sont victimes du suremballage. La nuit va bientôt tomber, notre avion pour Antananarivo décolle demain matin très tôt. Les seuls hôtels proches de l'aéroport sont hors catégorie pour notre budget et l'aéroport est loin de la ville qui est immense ; nous décidons de dormir dans l'aéroport. Première partie de soirée dans le bar fumeur autour d'une pizza et de soda made in Coca-Cola en regardant les employés de l'aéroport enchaîner les parties de billards avec une dextérité à peine croyable, pas plus de 10 minutes par partie. 10 heures, le bar ferme, nous voilà dans le hall principal à déambuler à la recherche du lieu propice pour passer la nuit. Petit à petit les lieux se vident, nous finissons par poser nos sacs dans le « Bay View » seul endroit où nous avons trouvé de la moquette. Seul inconvénient le bruit infernal que de la climatisation et les gens qui passent encore par là pour admirer les derniers avions atterrir en attendant sans doute que leurs familles débarquent. Nous nous endormons et profitons de ce sommeil très peu reposant avant d'être réveillés à peine quelques heures plus tard par l'équipe de nettoyage. Nous sommeillons encore un peu avant de prendre la direction des toilettes de la mosquée pour faire nos ablutions buccales. Après cette toilette des plus sommaires nous sommes maintenant en pleine forme pour attaquer la deuxième partie de notre vol pour Madagascar.
A peine arrivés à l'enregistrement, un malgache nous aborde et nous demande si on ne pourrait pas charger trois valises pour lui, car sa soeur n'a pas pu les prendre hier à cause de l'excédant de bagages. Pas encore très réveillés nous acceptons. Déjà l'embrouille commence, nous nous retrouvons avec trois étiquettes à notre nom, alors que nous n'avons que deux bagages. Laetitia n'aime pas ça ; mais le gars de l'enregistrement nous dit qu'il n'y a pas de problème qu'ils font ça souvent. Rassurés nous allons régler deux trois affaires, mais le doute persiste ; nous nous allons discuter avec le responsable de la compagnie qui immédiatement se rend auprès de la personne qui a enregistré les bagages ; il se fait passer un sérieux savon et part immédiatement remonter nos affaires. Trois quart d'heure plus tard les sacs sont de retour. Roberto le malgache n'a pas perdu son sourire et nous assure qu'il n'y a pas de problème qu'il trouvera quelqu'un d'autre. En remettant nos bagages sur le tapis roulant nous constatons tout de même que les étiquettes de nos sacs n'étaient pas à notre nom. Après un rapide petit déjeuner nous passons les sas anti-terroristes de l'aéroport puis abordons la zone de Duty-Free qui s'étend sur plusieurs centaines de mètres. De là nous rejoignons le bus qui nous amènera à l'avion. Nous faisons connaissance avec un jeune couple d'expatriés, Maya et Michael, qui bossent en Afrique du Sud. Une fois installés à nos places, nous attendons le départ et faisons connaissance avec Mathieu, autre français arrivant d'Australie. Dehors la pluie commence à tomber de plus en plus fort ; c'est avec une heure de retard nous décollons et petit à petit nous nous détachons du continent africain qui s'amenuise peu à peu avant de disparaître complètement sous les nuages. Nous voilà au cœur des cieux, parmi les nuages baignés de soleil…quelques heures plus tard nous replongeons. Par le hublot se découvre la grande île de Madagascar, une terre rouge parsemée de petites taches d'un vert très tendre - les plantations de riz -, traversée par des fleuves ocres jaune.
Nouveau changement de décor quand nous atterrissons à l'aéroport de Tananarive, beaucoup plus petit, pour ceux qui le connaisse, il ressemble à celui d'Ajaccio. Nous passons rapidement les formalités douanières et récupérons nos bagages. Nous partageons le taxi avec Maya et Michael pour rejoindre le centre ville et découvrir la ville aux 18 collines et ses petites maisons de briques.